Titouan Perrin-Ganier veut gagner une manche de coupe du monde

12.03.2019

 

Titouan Perrin-Ganier pourrait être surnommé "Monsieur

100 000 volts" comme un célèbre chanteur français. Animé d'une énergie hors du commun, il s'entraîne toujours à 100% et donne 200% sur les grands événements. Après 2 titres mondiaux en XCE il a encore faim en 2019. Entretien.

 

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Photos: Paul Foulonneau.

 

 

Titouan, imaginais-tu que, te confirmer comme champion du monde, demanderait autant d’énergie?

 

Oui et non. Je savais que c’était un titre difficile à aller chercher, la concurrence était rude. Par contre je l’avais déjà fait, donc je savais que c’était réalisable. Mais je ne pensais pas que ce serait si exigeant sur le plan émotionnel/stress le jour de la course.

 

Je me référais justement à cet aspect. Lors de notre interview avec Coline Clauzure, elle nous expliquait qu’elle ne t’avait jamais vu aussi éprouvé une fois la ligne d’arrivée franchie. Que s’est-il passé exactement?

 

En fait, cela a été une accumulation de beaucoup de choses, pendant et avant la course. J’ai fait une grosse chute en début de préparation. Je faisais un sprint à puissance maximale sur route et la chaîne a cassé.

 

Je suis passé par-dessus le vélo, j’ai tapé la tête, l’épaule. Je me suis fait une entorse au poignet. Tout est resté secret, j’ai voulu garder ce petit ascendant psychologique que j’avais sur les autres.

 

Mais ce fut une grosse période de doutes. J’ai fait au mieux avec les moyens du bord. Dans la douleur, surtout au début. En arrivant en Chine, j’ai continué d’avoir des doutes, je ne dormais pas bien la nuit. J’ai eu beaucoup de mal à me remettre du décalage horaire alors que l’an dernier je m’étais recalé automatiquement.

 

J’étais assez fatigué, j’avais du mal à trouver mes sensations sur le site de course. Par ailleurs, quand on a repéré le circuit, il s’est avéré que c’était un parcours difficile techniquement et physiquement mais très étroit, donc très dur de doubler, avec une ligne droite de départ assez courte. La qualification avait une importance décuplée par rapport à d’habitude et ce n’est pas ma spécialité. 

 

C’est cette accumulation de petits facteurs qui a généré beaucoup de stress. Je suis assez fier d’avoir confirmé le titre malgré tous ces petits pépins et moments de doute.

 

En tenant compte de ce qui s’est passé, vas-tu changer quelque chose dans ton approche psychologique l’an prochain? Essayer de relativiser un peu par exemple?

 

Je pense que je relativisais déjà pas mal. Maintenant, quand on arrive avec le statut de favori sur une course, même quand on relativise, quand on s’est donné au maximum à l’entraînement pour être prêt le jour J, la pression vient d’elle-même parce qu’on ne veut pas avoir fait tous ces efforts en vain.

 

Concernant ma préparation, en 2015 et 2016, j’étais dans la vie active, je travaillais, ce sont donc des années où je n’ai pas pu beaucoup m’entraîner.

 

Je suis passé semi-professionnel en 2017 avec l’idée de prendre le rythme et d’augmenter mes charges d’entraînement. J’ai fait une saison incroyable, alors à partir de ce constat, l’idée en 2018 c’était de bétonner, essayer de faire des choses que je savais faire à l’entraînement. Maintenant que j’ai réussi à confirmer et à prouver que mes titres n’étaient pas dus au hasard, je vais approcher la saison 2019 d’une toute autre manière.

 

 

Laquelle?

 

Me mettre en difficulté dans des domaines où je ne suis pas forcément performant. Le marathon par exemple, j’ai beaucoup augmenté mes charges d’entraînement cet hiver. En musculation, en endurance… Pour l’instant, ça semble porter ses fruits, mais c’est un peu tôt pour faire un bilan. On fera le point en mai.

 

Es-tu en train de nous dire que tu vas élargir ton domaine d’action au-delà du XCE?

 

Pas du tout ! Je pense que lorsqu’on arrive à un certain point, si l’on veut continuer à progresser, il est important de sortir de sa zone de confort, de faire des choses qu’on n’a pas fait avant, sinon on stagne. 

 

Il faut une approche différente pour être performant et garder l’énorme motivation que j’ai tous les jours à l’entraînement: programme de course un peu différent, préparation un peu différente. On verra ce que ça donne.

 

Tu crois que tu as réellement des rivaux à ta hauteur sur le championnat du monde? N’es-tu pas ton seul ennemi finalement?

 

Absolument pas. Il y a une concurrence très dense. Certaines personnes pourraient se dire: « Le championnat c’est pour Perrin-Ganier » mais en fait à chaque fois que j’arrive sur un championnat j’ai une pression énorme parce que je suis le tenant du titre.

 

Et j’arrive toujours au départ après avoir préparé la course de façon extrêmement méticuleuse, je suis prêt à 110%, je suis obligé de l’être si je veux gagner.

 

Tous mes rivaux n’ont qu’une seule envie, me croquer, ils travaillent de plus en plus dur, ça se resserre, et moi de mon côté je suis obligé d’essayer de trouver de nouvelles choses pour essayer de garder une toute petite longueur d’avance pour franchir la ligne d’arrivée en premier.

 

Ton 2ème titre de champion du monde a-t-il changé tes rapports avec les sponsors et les marques ou les retombées du XCE sont-elles encore trop limitées?

 

Oui et non (sourire). Je sais vraiment un autre regard de mes partenaires, des gens, de la presse, sur moi, mon image ou notre team. On sent que nos partenaires s’investissent de plus en plus. C’est le fruit des résultats de Coline Clauzure, championne du monde et de France, de Hugo Briatta, vice-champion de France et du monde. Aux championnats de France marathon on a eu deux vice-champions de France chez les filles et les garçons. Tous les membres du team ont fait une saison incroyable. On a tous ramené une médaille aux championnats de France.

 

Mais restons lucides, le XCE reste pour l’instant une discipline de niche, qui a un bel avenir, énormément d’atouts, énormément d’attrait. Il va falloir trouver les clés pour que notre discipline passe à un autre niveau. 

 

Nous sommes un sport spectacle, et il faut voir les choses de cette façon. Il faut qu’une coupe du monde de XCE soit un show en ville, avec son et lumière, feux d’artifice…c’est comme une finale de 100 mètres en athlé, c’est presque un concert de rock! Il faut tendre dans cette direction, sans tomber dans l’extrême, ça reste du Cross-Country Eliminator, il faut conserver notre identité VTT et tout-terrain.

 

Coline nous a expliqué que tu la coaches pour apprendre à être plus « méchante » en course, à savoir « fermer la porte » aux adversaires. Quel est selon toi la part qui revient à une conduite de course agressive dans le XCE?

 

C’est indispensable. Mais il faut discerner entre « fermer les portes » et « passage en force ». Moi je ne suis pas du tout adepte du passage en force, contrairement à d’autres. Par contre, si quelqu’un essaie de passer, ça ne me pose pas de problème d’ouvrir les coudes, je ne me laisserai pas faire, je ne laisserai pas ma place comme ça. 

 

 

"Je n'aime pas me laisser faire, si je dois ouvrir les coudes, je le fais sans problème, mais je ne fais jamais d'attaques kamikaze"

 

 

Au départ d’une course, même si j’en ai déjà gagné pas mal, j’ai toujours autant envie de gagner, voire plus, et je ne laisserai pas ma part aux chiens comme on dit. Mais c’est très serré et si on est trop gentil, on va se faire marcher dessus.

 

Mais moi je n’ai jamais fait d’attaque kamikaze, essayer de « découper » quelqu’un pour le faire tomber et passer à sa place.

 

Quand on regarde ce que tu postes sur les réseaux sociaux, on a la sensation que tout ce que tu fais déborde d’énergie. Sprints à vélo, en ski de fond…J’ai envie de te demander: tu arrives à être calme parfois dans ta journée ?

 

(rire) Ca m’arrive! Je suis un amoureux du sport, je suis conscient de faire le plus beau métier du monde. Je vis un rêve en ce moment.

 

Aller tous les jours à l’entraînement, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, qu’il fasse beau, c’est toujours du bonheur. Je me livre toujours à 100% sur mes séances et c’est vrai que je suis un peu joueur comme garçon donc j’aime bien quand ça va vite.

 

Mais je sais aussi apprécier des journées au calme, avec ma chérie, tranquillement, en mode détente, mais elle aussi est plutôt hyperactive alors on se complète bien.

 

 

Quelles applications as-tu sur l’écran de ton portable?

 

Eurosport Player, l’Equipe.TV… tout est en rapport avec le sport en général. J’aime le ski de fond, le ski alpin, le cyclisme sur route, l’athlétisme, j’aime regarder les chaînes de télévision sportives.

 

J’ai aussi mes réseaux sociaux, plusieurs applis pour la météo parce que j’habite à 1000 mètres d’altitude. Mais je ne suis pas un geek, je ne suis pas addict au téléphone ou à l’ordinateur, je préfère les moments passés dans la nature.

 

 

"Je n'écoute jamais de musique avant

une compétition"

 

 

Et question musique?

 

Je suis très « old school », Pink Floyd, Supertramp, Led Zeppelin, Woodstock…Mon père m’a transmis ses goûts au départ mais j’y suis resté attaché.

 

Attention, il y a des artistes actuels qui ont du bon son, je suis un grand fan de Kaleo par exemple, mais je trouve qu’il y avait dans la musique d’avant une âme et une énergie qui circulaient et que l'on retrouve moins dans la musique de maintenant.

 

Quand tu mets un casque sur les oreilles avant une compétition tu écoutes quoi?

 

Je n’écoute jamais de musique avant les compétitions! Le jour de la course je suis à 100% dans ma bulle, je suis concentré sur l’instant présent et je ne laisse pas mon esprit vagabonder ailleurs.

 

J’analyse énormément la course de mes adversaires, je suis concentré sur mon alimentation, sur ma récupération, sur l’heure à laquelle je dois me présenter sur la grille de départ. Je suis « focus » sur l’instant présent.

 

Quelle est ta « routine » matinale du quotidien?

 

Je ne suis pas vraiment un lève-tôt. Je me lève vers 8h-8h30. Je fais attention à ce que je mange. Pour le petit-dej’ je prends des mélanges de céréales bio que je fais moi-même avec des fruits secs, un peu de miel, un jus d’orange, un café. 

 

Après j’aime bien m’entraîner le matin. Quand je fais des grandes sorties, entre 4 et 5h, j’essaie de partir vers 10h. Je rentre, je mange, douche, étirements, je pense à bien boire.

 

Après je regarde les fichiers des entraînements des quelques athlètes dont je suis le coach personnel. Je passe un peu de temps pour alimenter les réseaux sociaux et m’occuper des relations avec les partenaires.

 

Et puis le soir on dîne tôt, vers 18h - 18h30, puis on se regarde un film ou une série. J’éteins vers 10h - 10h30. Après quand je fais du bi-quotidien, je pars vers 9 ou 10h, je rentre le midi, et je repars vers 15h faire ma 2ème séance. 

 

Quelles seront les étapes de ta saison 2019?

 

En 2018 j’avais une ligne de conduite assez claire dans la tête, cette année c’est plus flou. Je me concentrerai évidemment encore sur les grands championnats mais j’aimerais bien cette année remporter une manche de coupe du monde ! J’aimerais beaucoup que ce soit sur la manche de Villard-de-Lans parce que c’est à côté de chez moi, 1h30 de Chambéry où je vis désormais.

 

En fonction de mon classement général sur la coupe du monde en juillet, je déciderai ou pas de jouer à fond la victoire finale. J’avais un objectif personnel l’an dernier, participer à toutes les finales des courses auxquelles j’ai participé et je me suis loupé, 10 sur 11! Cette année je voudrais faire toutes les finales et augmenter mon nombre de victoires. L’an dernier j’en avais 7 sur 11 courses, cette fois je voudrais m’approcher des 9 ou 10.

 

 

Quand débuteras-tu la saison?

 

J’ouvre ma saison sur la première manche de la coupe du monde à Barcelone. Je ne serai sûrement pas à 100% de mes moyens. Je voudrais arriver au top vers mai-juin et continuer le pic de forme jusqu’en novembre pour les mondiaux.

 

Ton combo de pneumatiques Continental est le suivant: Cross King devant et Race King derrière. Vas-tu changer et sinon pourquoi?

 

Le Race King est l’un des pneus qui offre le meilleur rendement du marché. Nous avons fait des tests avec des marques concurrentes. C’est celui qui rend le mieux. Impossible de s’en passer à l’arrière, c’est le pneu parfait.

 

 

Selon les parcours je les prends en flancs ProTection ou souples, cette année j’ai un peu plus roulé en souple dans l’idée de gagner un peu de poids sur le train roulant.

 

Et devant le Cross King, très directif, qui offre beaucoup de confort dans les trajectoires, en souple et de temps en temps en ProTection.

 

Je gonfle toujours un petit peu plus quand je suis en souple (de 1.2 à 1.4), ça varie selon les parcours. En renforcé je gonfle entre 1.0 et 1.2 bars. 

 

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