Ma vie de mécanicien chez les pros

14.08.2019

Rémy Hoffmann est mécanicien au sein de l'équipe Delko-Marseille-Provence. Comment est-il arrivé à son poste? Quelles sont les exigences et les joies de ce métier? Il nous répond en toute franchise dans cette interview.

 

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Comment es-tu devenu mécanicien chez les pros?

 

Grâce à un copain, Gauthier, qui est mécanicien chez Delko depuis l’an dernier. On se connaissait, je venais de faire 3 saisons comme mécano au club de Roanne et j’ai saisi une opportunité en envoyant mon CV parce que je savais qu’il y avait un poste à pourvoir.

 

J’étais dans un club amateur. Il n’y a pas vraiment d’évolution possible, j’ai donc voulu franchir le cap en passant mécanicien chez les pros.

 

Quelles sont les différences entre les pros et les amateurs pour les réglages des vélo?

 

Tout est identique. Il faut que les vitesses passent bien, que les roues soient gonflées et les vis serrées comme il faut. La seule différence de taille c’est le nombre de vélos: un amateur dispose d’un seul vélo et éventuellement d’un vélo de chrono alors que pour les pros c’est au minimum trois par coureur. L’an dernier je devais avoir une vingtaine de vélos sous ma responsabilité, là il y en a beaucoup plus!

 

 

 

Certains coureurs pros ont la réputation d’être vraiment maniaques pour leurs réglages, tu peux nous donner quelques exemples?

 

Les maniaqueries…la hauteur de selle, le recul de selle. Certains passent un quart d’heure au camion avant de partir rouler, ça peut changer d’un jour à l’autre.

 

Des coureurs ont une solution: ils voyagent avec leur tube de selle et leur selle, il n’y a plus qu’à la glisser dans le tube…

 

Oui on a un coureur qui fait ça pour être sûr que le réglage soit toujours optimal.

 

Vous lavez les vélos au jet haute pression mais vous changez aussi souvent les roulements. Un amateur ne peut pas se le permettre. Quel est ton conseil pour laver efficacement son vélo?

 

Le cycliste du dimanche peut aussi laver à haute pression à condition qu’il change ses roulements dès que ça gratte. Sinon avec un simple jet d’eau, une éponge, du produit vaisselle et un peu de pétrole désaromatisé pour la chaîne, le vélo brille tous les week-ends.

 

Il existe sur le marché beaucoup de produits spécifiques pour dégraisser, pas donnés d’ailleurs. Peut-on simplement utiliser le bon vieux gasoil ou le pétrole?

 

Absolument. Chez Delko on utilise les produits ProGold qui marchent super. Un cycliste peut utiliser du pétrole désaromatisé comme je le disais: un coup d’eau dessus, on passe l’éponge pour bien dégraisser et la chaîne brille. Il ne faut pas oublier de mettre de l’huile après.

 

Tiens, à propos d’huile, comment tu l’appliques sur la chaîne, il y a plusieurs façons de le faire non?

 

Moi je mets le vélo sur le pied, je fais tourner la chaîne à l’envers et j’applique l’huile sur la chaîne comme ça. Il n’y a pas de méthode recommandée par un mode d’emploi. Chacun ses habitudes. Tant que la chaîne ne couine pas après c’est bon.

 

 

L’amateur qui roule souvent ne lave pas toujours son vélo. Est-ce bien de remettre de l’huile sur une chaîne qui a déjà tourné?

 

Oui et non. Si la chaîne est sèche, le mieux c’est de la laver. Mais si on part faire 2 heures on peut se contenter de mettre un peu d’huile et de penser à la laver en rentrant.

 

Décris-nous la journée-type d’un mécanicien en course à partir du lever?

 

On se réveille à 6h40. On descend au camion, on prépare la galerie, on gonfle les roues, on met les vélos sur la galerie. Après on prend le petit-déjeuner, on remonte dans la chambre pour se brosser les dents, prendre une petite douche et boucler la valise, et c’est parti pour la course.

 

La course se passe, on espère qu’il n’y aura pas de crevaison ou autre. Ensuite on charge les vélos qui ont servi en course sur la galerie, on rentre à l’hôtel et c’est reparti pour un autre cycle de lavage et d’entretien. La journée se termine généralement autour de 21 heures s’il n’y a pas de problème majeur.

 

 

"Pour faire ce métier il faut être passionné parce qu'on est souvent en déplacement, loin de sa famille"

 

 

Tous les gens qui ont bossé dans le milieu savent qu’il existe une rivalité entre les masseurs et les mécanos sur ceux qui travaillent le plus. Ton avis?

 

Ah ah, je vais dire « les mécaniciens », parce que j’en suis un, mais si vous le demandez à un masseur il répondra  « les masseurs travaillent plus ». C’est une guéguerre bon enfant. Après dans la réalité on s’entre-aide, pas sur la mécanique mais sur le lavage des véhicules, si quelqu'un est en retard ou dans le jus, on s’en occupe à sa place.

 

Le cauchemar de tous les cyclistes, c’est le petit bruit sur le vélo: le cliquetis, le craquement. Avec ton expérience d’où cela peut-il venir et que faut-il vérifier?

 

Cela peut venir de partout, il faut vérifier toutes les vis, c’est souvent ça, il faut remettre un coup de graisse sur les roulements qui s’usent avec le temps et l’humidité. 

 

 

 

Les coureurs de chez Delko utilisent le compteur GPS ROX 12.0 SPORT de chez Sigma. Tu en penses quoi?

 

L’avantage c’est qu’il n’y a plus d’aimants à placer. Esthétiquement c’est plus joli et niveau installation on a juste à installer le support Sigma sur le cintre, les coureurs posent le compteur et c’est parti.

 

Qu’est-ce qui te motive dans cette vie de mécanicien? La passion du cyclisme? Les voyages?

 

Pour faire ce métier il faut avant tout être passionné. Sinon ce n’est pas possible. On est souvent loin de la maison, en déplacement. La proximité avec les coureurs c’est sympa aussi.

 

Quand l’équipe gagne le staff se réjouit-il aussi? Vous vous sentez concernés par les résultats de l’équipe?

 

A partir du moment où un coureur de l’équipe gagne une course, tout le monde est content, on travaille le soir avec le sourire, on se dit « ce qu’on fait maintenant ça sert à quelque chose ».

 

Les coureurs prennent l’avion et vous vous conduisez. Une vie de mécanicien sur la route, cela représente combien de kilomètres dans une saison?

 

Cette année je ne me suis pas amusé à compter mais les trois dernières années chez les amateurs c’était à peu près 60 000 kilomètres de déplacements. Là avec Delko on vient de traverser la France pour aller à Londres avec le camion…

 

Et quand vous courez au bout du monde, comment faites-vous?

 

On démonte les vélos, on les met dans des housses, on prend l’avion avec et on les remonte une fois sur place. On prend une caisse à outils avec « le kit de première nécessité », tout ce qu’il faut pour affronter les problèmes, y compris en cas de casse.

 

 

 

 

 

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