Jérémy Defaye, le collectionneur de KOM Strava.

17.06.2019

Jérémy Defaye est passé très près du professionnalisme. Il a écrasé toutes les catégories jusqu'au passage en Elites où, hélas, tout ne s'est pas passé comme prévu.

 

Dans cette interview, il tire les leçons de son expérience, évoque sa nouvelle vie et sa passion pour le cycliste qui reste la même.

 

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Jérémy, peux-tu te présenter pour les personnes qui ne te connaissent pas encore?

 

J’ai 23 ans. J’ai débuté l’entraînement et la compétition cycliste vers l’âge de 12-13 ans en minimes. Mon père faisait du vélo et j’ai toujours aimé ça. 

 

Après, j’ai gravi les échelons petit à petit, jusqu’à l’Equipe de France en Juniors et en Espoirs avec laquelle j’ai disputé les Championnats d’Europe et du monde.

 

Je viens d’arrêter ma carrière de « haut niveau » en octobre 2018.

 

Il y a moins d’un an tu étais sur la 3ème marche du championnat de France de contre-la-montre Elites. Quelles leçons tires-tu de ton expérience à ce niveau où tu as disputé 3 saisons?

 

On apprend à chaque course. Quand on sort des Juniors, on se rend immédiatement compte de la grosse différence de niveau existant avec les Elites.

 

Sur une course d’un jour on peut s’en sortir mais sur une épreuve par étapes on manque d’endurance et de force, on se retrouve parfois face à des coureurs qui redescendent de la catégorie pro ou des Elites très expérimentés.

 

On apprend à se battre tous les jours, à s’entraîner dur pour réussir. Peu importe ce que l’on devient, qu’on passe pro ou pas.

 

Dans mon cas j’ai préféré arrêter pour saisir une opportunité professionnelle intéressante mais je conserve l'état d’esprit de m’investir à fond dans ce que je fais comme quand j’étais coureur. Ces valeurs, on les garde avec soi.

 

 

Tu as eu une carrière fulgurante, tu as gagné dans toutes les catégories au fil des ans avant de te heurter à la réalité Elites française qui est l’une des plus compétitives en Europe et donc dans le monde. Quel conseil donnerais-tu à un jeune qui se trouve dans ta situation au moment où il débarque chez les Elites?

 

L’erreur serait de rester sur ses acquis en pensant qu’il va automatiquement gagner parce qu’il gagnait dans les catégories inférieures.

 

Il ne faut surtout pas se dire « j’ai le temps, j’ai le temps », parce que la fin de saison arrive vite, elle passe, et souvent il n’y a pas les résultats espérés. Donc la philosophie qui consiste à se dire « j’ai le temps de progresser » est dangereuse, parce qu’un jour on n’a plus de temps devant soi justement.

 

Tu avais clairement le « moteur » pour passer pro. Si donc avoir le « moteur » ne suffit pas, cela signifie-t-il que pour passer pro il faut aussi avoir un peu de chance ou les bonnes relations?

 

Comme dans tous les sports, il faut avoir « un potentiel de base », mais surtout être capable de l’exploiter en course. Et, oui, avoir des relations ou réussir un exploit sur une grande course le jour où des observateurs sont là; on est repérés et ça suffit pour passer.

 

Il y a une part de chance et de connaissances qui entre en jeu, on ne passe pas toujours seulement grâce à ses résultats et son potentiel.

 

Tu as fais de gros sacrifices, tu as quitté ta famille pour aller vivre à Dijon et courir avec le SCO. Tu regrettes ces sacrifices?

 

Non, pas du tout. Ce sont des expériences qui permettent d’apprendre et j’ai eu la chance que tout se passe bien dans mes équipes.

 

A Dijon j’ai eu la possibilité de côtoyer Julien Bernard qui était stagiaire chez Trek, cela me permettait d'apprendre des choses sur le monde pro. Tout ce que j’ai découvert et appris m’a permis de prendre de bonnes décisions par la suite.

 

 

Tu courais avec Valentin Madouas et tu avais pratiquement le même niveau. Qu’est-ce que tu ressens quand tu vois le Giro impressionnant qu’il a réalisé?

 

Je suis content pour lui, il a réussi au plus haut niveau, et je me dis que les années où l'on a couru ensemble, quand on se tirait la bourre, les quelques fois où j’ai réussi à le battre, c’était le signe que j’arrivais à me débrouiller au milieu d’une génération très prometteuse avec également David Gaudu, Aurélien Paret-Peintre, Rayane Bouhanni…

 

Il a su confirmer et montrer sur des courses à très haut niveau qu’il avait le potentiel, la FDJ l’a donc recruté. Moi je n’ai jamais réalisé de grosses perfs sur des courses très importantes, c’est donc logique.

 

Tu n’a jamais été un gros descendeur ou un gars qui « frotte » dans le peloton. Cette faiblesse technique t’a pénalisé sur la scène nationale?

 

C’est certain. Tous les efforts s’accumulent pendant une course et tu finis par les payer, notamment sur les épreuves par étapes. Si tu n’es pas bien placé, il faut remonter, fournir un effort supplémentaire par rapport à ceux qui sont déjà devant.

 

La descente, chez moi, dépendait en grande partie de mon mental. Quand j’étais en confiance je descendais très bien, sans aucun problème, mais dans d’autres moments c’était plus compliqué, j’étais moins bien. A haut niveau, à égalité d’entraînement et de potentiel, la technique prend de l’importance.

 

Tu es très connu dans la région PACA où ton nom figure sur bon nombre de KOM Strava, avec certains temps impressionnants qu’il sera difficile d’améliorer. Qu’est-ce que tu penses de Strava comme outil d’entraînement? Est-ce bénéfique ou une débauche d’énergie?

 

Je le prenais plus comme un jeu pour faire des efforts sur une certaine durée. Je cherchais donc une bosse avec un segment qui correspondait à la durée de l’effort pour que ce soit plus ludique mais je ne suis pas comme certains qui sortent à l’entrainement pour « aller chercher un KOM ».

 

Strava peut être intéressant si on sait se limiter sur la quantité d’efforts à fournir à chaque sortie, cela permet de découvrir des parcours intéressants dans des régions qu’on ne connaît pas vraiment. C’est aussi un moyen de trouver des gars avec qui rouler. Après il ne faut pas tomber dans la folie des records et se mettre minable.

 

 

Aujourd’hui tu travailles comme mécanicien dans un magasin de vélo important à Fréjus, les Cycles Béraud. Comment s’adapte-t-on à ce changement de vie? Passer de semaines d’entraînement de 25 heures à des journées de boulot?

 

Le cycliste, après l’entraînement, cherche à bien récupérer, il se repose. Là, je dois travailler 8 heures debout d’affilée parce qu’on ne répare pas un vélo assis. Il faut un peu de temps pour s’y faire mais j’ai tellement de plaisir à faire ce métier que cela ne me pèse pas trop. 

 

La transition n’a pas été difficile et puis je continue quand même à faire du vélo et je me suis mis à la course-à-pied. Je me suis investi à 100% dans ma nouvelle activité et je ne ressasse pas des phrases du type « Ah si j’avais fais ci ou ça… ». Je me suis bien adapté à ma vie.

 

 

Avec peu de préparation, tu as réussi à entrer dans le Top 10 de la Granfondo Nice. Comment t’entraînes-tu avec tes nouvelles contraintes professionnelles?

 

Je me suis mis à la course-à-pied, plus pratique pour s’entraîner en soirée. En une heure de course je suis bien plus productif qu’en une heure de vélo où l’on ne peut rien faire à part une sortie de récupération. 

 

Je cours donc 3 fois par semaine, et j’essaie de faire une belle sortie vélo le week-end et, si possible, une autre sortie en semaine, pour un total de 150 ou 200 kilomètres hebdomadaires. En course à pied, entre 30 et 45 kilomètres. J’arrive à me maintenir à un niveau physique correct.

 

Tu as des objectifs sur des cyclosportives ou d’autres événements?

 

J’ai couru la Granfondo Nice parce que le parcours est magnifique et je le connaissais bien. Je vais essayer de participer à deux belles épreuves cet été.

 

J’avais la « Fausto Coppi » en tête mais 180  bornes et 4000 mètres de dénivelé c’est trop pour ma préparation actuelle. Fin juillet ou début août je choisirai une course avec un beau parcours, ça compte dans mon choix.

 

 

 

Tu es ambassadeur pour les pneus Continental, qu’est-ce que tu apprécies dans la marque?

 

J’aimais déjà le GP4000 et toutes les versions qui ont suivi. En passant au GP5000 j’ai trouvé que l’installation sur la jante était d’une facilité déconcertante par rapport à d’autres marques.

 

Au roulage, toujours un grand confort, davantage de rendement et résistance à la crevaison toujours top! Je n’ai d’ailleurs toujours pas crevé d’ailleurs…

 

Le pneu a été allégé mais je n’ai pas remarqué de signes d’usure particulière. Pour moi, le rendement du GP5000 peut rappeler celui de certains très bons boyaux.

 

 

Tu utilises aussi le compteur GPS Sigma ROX 12.0 SPORT. Qu’est-ce que tu aimes sur ce compteur?

 

Au début, j’ai appris à m’en servir et à en découvrir toutes les fonctionnalités parce que je n’avais jamais eu de compteur aussi élaboré jusqu’alors.

 

J’ai trouvé le guidage GPS ultra-précis. On peut même s’en servir en voiture tellement c’est net ! Je l’utilise bien sûr pour contrôler tous les paramètres de mon entraînement: vitesse, fréquence cardiaque, fréquence de pédalage.

 

J’aime aussi contrôler le profil pour savoir ce que j’ai déjà fait. J’ai déjà programmé un parcours pour vérifier la fonction et ça marche très bien.

 

Quand tu n’es pas sur ton vélo et que tu n’es pas au boulot, que fais-tu?

 

J’aime faire un peu de course-à-pied et je me passionne pour l’univers de la moto puisque je viens d’en acheter une. Globalement, j’aime me tenir au courant de toutes les innovations techniques autour des sports mécaniques.

 

Si on veut te faire plaisir quand on t’invite à déjeuner qu’est-ce qu’il faut te préparer?

 

Avec l’habitude du régime cycliste, un bon plat de pâtes avec des fruits de mer fera l’affaire! Mais je ne dis pas non à une bonne pizza !

 

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