Manon Genêt, la vie d'une triathlète pro.

09.04.2019

 

Manon Genêt vient d'être sélectionnée en Equipe de France pour le prochain championnat du monde de triathlon longue distance à Pontevedra en Espagne le 4 mai. Ce sera le début d'une saison où la Française affiche l'objectif de revenir à Hawaï pour y signer une belle course.

 

 

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Manon, peux-tu te présenter pour les (rares) personnes qui ne te connaissent pas encore?

 

Je suis triathlète pro depuis 2 ans maintenant, j’attaque ma troisième saison en 2019. J’habite à Toulouse, dans une maison côté Gers, un super spot d’entraînement pour rouler. 

 

Je suis spécialisée dans le Tri longue distance, je fais de l’Ironman mon objectif principal, notamment les championnats du monde à Hawaï sur lesquels j’aimerais faire un résultat.

 

Tu es née dans une famille très sportive apparemment.

 

Effectivement, j’ai toujours baigné dans le milieu du sport. Dès l’âge de 7 ans j’ai débuté avec la gymnastique, avec des semaines d’entraînement qui montaient déjà à 15 heures. J’ai opté pour sport-études.  Dès mon plus jeune âge j’étais donc habituée à un grand nombre d’heures d’entraînement.

 

Mes parents étaient marathoniens et ultra-marathoniens. Ma soeur et moi passions nos week-ends dans le milieu de la course-à-pied.

 

 

Comment est arrivé le virus du triathlon?

 

J’ai arrêté la gym, un sport d’explosivité, à l’âge de 16 ans.  Je me suis mise à la course naturellement, dans le sillage de mes parents. Je suis partie aux USA où j’ai appris la technique de la natation. 

 

C’était l’élément qui manquait pour que je me lance dans le triathlon. Le vélo? J’habitais à La Rochelle, une ville où tout se fait à vélo! J’avais l’habitude de pédaler. En rentrant des Etats-Unis à 18 ans j’ai donc débuté dans le Tri mais j’ai rapidement arrêté parce que je voulais donner la priorité à mes études. J’ai repris à 23-24 ans.

 

Tu as mené des études littéraires et commerciales, tu pourrais aujourd’hui être cadre sup dans une grande boîte française, quand et pourquoi as-tu pris la décision de passer pro?

 

J’ai toujours donné la priorité à mes études afin d’avoir un bagage professionnel et un réseau dans l'éventualité d'un retour sur un cursus plus traditionnel.

 

J’ai donc effectivement fait une « prépa » littéraire puis une école de commerce à Toulouse de laquelle je suis sortie avec un Master. J’ai ensuite travaillé dans le secteur marketing d'une entreprise qui ouvrait des magasins de sport. 

 

Toutefois, parallèlement, j’ai commencé à m’impliquer de plus en plus dans le triathlon qui est progressivement devenu un élément essentiel de mon équilibre de vie et une motivation première. Je me levais le matin avec une seule envie: m’entraîner et me consacrer à la performance.

 

Un jour j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai changé la trajectoire de ma carrière professionnelle.

 

 

Aujourd’hui tu es l’une des athlètes les plus connues sur le circuit français et tu as développé une activité de coaching. Au fond, le triathlon c’est aussi une forme de business non?

 

Pour être précis, je ne suis pas « coach » parce que je n’ai pas de diplôme. En revanche, mon compagnon (Frédéric Lureau), qui est aussi mon entraîneur, a lui développé une activité (Sportiform) par mon biais. Nous avons monté une association, un club de triathlon, qui nous permet de regrouper les personnes que Frédéric entraîne et éventuellement d’en accueillir d’autres.

 

Nous organisons des entraînements chaque semaine à Toulouse et des stages de Tri. Il faut savoir qu’en triathlon longue distance nous sommes complètement autonomes dans notre carrière pro et il nous faut des sources de revenus.

 

La performance en est une, même si l’on n’est jamais certains du résultat, il y a aussi les sponsors, et je pense que développer une activité annexe fait partie de l’équilibre économique nécessaire.

 

 

Comment expliques-tu le boom actuel du triathlon?

 

Je ne sais pas si l’on peut vraiment parler de « boom ». L’Ironman bénéficie d’une notoriété depuis pas mal d’années. Le mot Ironman revient facilement quand on parle Tri avec les gens qui font d’ailleurs la distinction entre triathlon et Ironman.

 

Il y a aussi un effet de communication, avec beaucoup plus de moyens engagés, les réseaux sociaux, et de plus en plus de reportages à la télévision.

 

La notion d'extrême dans la distance Ironman fascine et motive les gens à se lancer le challenge de finir une épreuve. Le moteur est là selon moi.

 

Tu pratiques le triathlon pour te prouver quelque chose? Pour prouver quelque chose aux autres? Ou une troisième solution que j’ignore…

 

J’ai envie de dire « la troisième solution », je n’ai rien à prouver aux autres. Me prouver quelque chose? Je me prouve jour après jour que je suis capable d’amener mon corps et mon esprit plus loin chaque semaine.

 

Mais c’est surtout une passion d’aller chercher la performance et d’en profiter pendant mes jeunes années. A 50 ans je ne pourrai plus faire la même chose, ou du moins pas à la même vitesse ni au même niveau d’engagement.

 

 

"Le matin quand je me lève je cherche le dépassement de moi-même"

 

 

Tu as réussi l’exploit de te qualifier pour Hawaï l’année dernière. Comment expliques-tu la différence de niveau importante entre les athlètes du Top 10 mondial et les autres qui, pourtant, s’entraînent dur aussi?

 

C’est effectivement déjà très compliqué de se qualifier pour Hawaï en pro. L’expérience fait la différence. Les conditions sur place sont extrêmes. Ce sont les championnats du monde, personne ne vient faire du tourisme, chacun a de l’ambition, une préparation optimale.

 

La différence se fait entre les personnes prêtes mentalement et celles qui le sont moins. Si l’on regarde prêt dans le classement des 10 premières. A l’exception des 2 premières athlètes qui sont des extra-terrestres, les filles derrière ne sont pas forcément au-dessus du lot. Elles ont bien géré leur saison, elles ont l’habitude de la pression liée à cet événement.

 

 

Après cette première expérience à Kona, que vas-tu travailler ou corriger pour progresser?

 

J’ai remarqué que nous avons tous des petits « démons ». Si on n’a pas réglé nos problèmes avec nos « démons », ils ressurgissent tous pendant la course.

 

J’ai compris que j’avais encore beaucoup de choses à apprendre sur moi, sur ma carrière et sur la gestion de mes émotions pour être performante et laisser mes qualités physiques parler et ne pas laisser ma tête diriger en fonctions de mes appréhensions. 

 

En 2018 tu t’es imposée à Aix, à Nice…quels sont tes objectifs en 2019?

 

La grosse différence entre 2018 et 2019 est caractérisée par la modification du système de qualification pour Hawaï. L’an dernier c’était un système de points qui obligeait à la régularité sur la première partie de la saison. Cette année il faut gagner une course Ironman ou terminer 2ème derrière une personne déjà qualifiée…

 

Cela va fonctionner par pic de forme. Idéalement il faut gagner un Ironman en début de saison et se re-préparer pour Hawaï en fin de saison. C’est le plan A. Je vais essayer d’avoir un pic de forme entre mai et juin, décrocher ma qualification, et ensuite bien me préparer pour Hawaï.

 

Après, j’aimerais bien être compétitive sur les championnats du monde de 70:3 qui se disputent à Nice. Ce n’est pas mon point fort, il faudra que je mise sur le parcours vélo qui est très sélectif. Je viens d’être sélectionnée par la Fédération, début mai je serai donc aux championnats du monde longue distance à Pontevedra (Espagne).

 

 

Tu es ambassadrice Continental. Quel est ton choix de pneus à l’entraînement et en compétition?

 

A l’entraînement j’utilise les GP5000 bien sûr. J’ai installé une paire de ces nouveaux pneus en janvier, j’ai fait énormément de kilomètres avec et je n’ai toujours pas crevé!

 

Je suis vraiment impressionnée par la qualité du pneu, le rendement et sa solidité. Pour la compétition je dois encore décider si j’utilise les GP5000 en Tubeless ou non.

 

Pour un peu mieux te connaître, quand tu as un peu de temps libre, comment le passes-tu?

 

J’ai un petit chien avec qui j’aime jouer. Depuis un an j’ai une grande maison avec jardin et c’est un plaisir de m’en occuper, décorer, aménager. J’aime aussi être en famille mais j’ai, hélas, trop peu de temps.

 

 

Pour terminer, question diététique, tu es une fanatique de la nutrition?

 

Je suis suivie par un nutritionniste et diététicien depuis cette année parce que j’estime que l’alimentation a une importance prépondérante dans la performance.

 

Mais je suis loin d’être une fanatique, je mange du chocolat tous les jours (!), quand on se fait mal à l’entraînement, la notion de plaisir est extrêmement importante.

 

Bien manger, équilibré, en fonction des dépenses caloriques, mais surtout aussi se faire plaisir et l’affûtage vient avec l’entraînement, naturellement, je suis très loin d’être une fanatique.

 

Vous pouvez suivre Manon sur sa Page Facebook et son profil Instagram.

 

 

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