Denis Chevrot rêve d'une belle course à Hawaï

04.02.2019

Denis Chevrot est un triathlète professionnel qui respire et vit en fonction du Graal, l'Ironman d'Hawaï en octobre. Tout son entraînement est prévu pour d'abord se qualifier et réussir une grande course à Kona. Mais lors de ses 4 premières participations (abandon après 60km de vélo à la première) tout ne s'est pas passé comme prévu. Que changera-t-il en 2019? Interview. 

 

 

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Dans notre interview en début de saison l’an dernier, nous avions évoqué ensemble le problème de ton casque de chrono profilé qui t’avait pénalisé sur la partie vélo sur l’Ironman d’Hawaï. Cette année, le vélo a encore posé problème. Comment l’expliquer?

 

Justement, je ne me l’explique pas. Pour être précis, l’an dernier j’avais fait un bon vélo mais le casque profilé m’avait fait monter en température et je l’avais payé en course-à-pied. L’an dernier je pose 19ème, cette année 44ème…

 

 

 

Après une super natation…

 

Dans l’eau j’étais bien, j’ai tout fait dans les pieds de Josh Amberger. Je sors 2ème, sans trop forcer, j’avais encore un peu de marge. J’étais beaucoup mieux que lors de mes 3 premières participations. A vélo par contre, je n’avais pas les jambes.

 

 

Peut-on parler, dans ton cas, d’une « obsession Hawaï », qui viendrait te perturber ce jour-là?

 

Non je ne pense pas.

 

Tu accumules, d’année en année, de l’expérience. Que dois-tu changer pour réussir une belle course à Hawaï?

 

Peut-être la façon d’aborder la course le mois précédent. Passer 3 semaines en Arizona, loin de chez moi, au chaud, c’est probablement ça. Si j’arrive à me qualifier en 2019, je n’irai pas passer 3-4 semaines en Arizona. Je ferai une semaine à la chaleur mais pas plus.

 

Es-tu satisfait de ta saison 2018?

 

J’avais 2 objectifs: me qualifier pour Hawaï (atteint) et faire une belle course là-bas, non atteint. J’ai aussi participé à d’autres courses où j’ai pris du plaisir et je n’ai pas été mauvais. Je me donne un 13 ou 13/20, Mention Bien.

 

Tu n’es plus un débutant et tu n’es pas encore un triathlète âgé, dans cette phase intermédiaire, quels signaux t’envoient ton corps et ton mental?

 

Si on regarde la liste de départs à Hawaï, il n’y en a que 7 de plus jeunes que moi. Je me considère donc encore comme un jeune triathlète sur longue distance. Physiquement ça va, mentalement j’étais un peu « usé » ou disons que c’était dur avant Hawaï. J’ai disputé 3 Ironman en 18 semaines et c’était trop. 

 

J’étais à l’Ironman d’Estonie au mois d’août, 10 semaines avant Hawaï et 8 semaines après l’Ironman de Cairns (Australie) alors que j’avais déjà ma qualification. Avec le recul, c’était une erreur. Je n’avais pas assez récupéré.

 

Penses-tu modifier ton entraînement et crois-tu avoir encore du potentiel d’amélioration?

 

Je pense pouvoir encore progresser. Pas en natation où mon niveau restera le même (je suis nageur de formation). Par contre je pense pouvoir m’améliorer à vélo et en course-à-pied. Je dois bientôt parler avec mon entraîneur parce qu’il faut absolument que j’arrive à courir à Hawaï au niveau que j’affiche sur les autres courses de la saison.

 

Là je prends 15-20 minutes à vélo alors que sur l’Ironman de Cairns je signe le meilleur temps vélo, 5 ou 6 athlètes qui étaient derrière moi en Australie m’ont mis un quart d’heure à Hawaï. 

 

 

Quel est ton avis sur la nouvelle génération de triathlètes? Continental sponsorise cette année le jeune Kévin Rundstadler notamment. 

 

Il y a un jeune qui monte sur la distance 70.3, c’est Tom Lecomte. Il s’est imposé à Lanzarote et à Gerardmer. Il a un beau potentiel. L’Ironman est une discipline dans laquelle évoluent peu de jeunes Français entre 20 et 25 ans. 

 

 

"Je prône l'entraînement lent"

 

 

Denis, un athlète pro comme toi réussit-il à vivre correctement du Tri?

 

J’en vis mais je considère que rien n’est acquis. Pour l’instant j’ai des contrats de 2 ou 3 ans avec des partenaires mais rien ne dit qu’il seront renouvelés… Je me dis que si mes résultats sont bons il n’y a pas de raison mais on ne sait jamais.

 

Tu te vois courir encore combien de temps?

 

Mon entraîneur a couru en catégorie pro jusqu’à 48 ans. Il a participé 8 fois à Hawaï chez les pros. Je ne dis pas que j’irai jusque-là, mais tant que le corps et l’envie sont là, je ne vois pas pourquoi j’arrêterais.

 

N’existe-t-il pas une "mode" triathlon en ce moment?

 

Je ne le ressens pas, peut-être parce que je suis à l’intérieur du mouvement. Il est vrai qu’il y a une augmentation du nombre d’épreuves et de participants. Il va y avoir 6 courses Ironman en France et elles sont presque déjà toutes complètes. Cela se développe, tant mieux !

 

 

En 2019 quelles cases as-tu coché sur ton agenda?

 

Premier objectif, me qualifier à Hawaï! Le deuxième, être bon à Hawaï (sourire). Hawaï c’est la course qui me motive pour faire du triathlon longue distance. 

 

Mon premier rendez-vous? le Challenge Salou le 7 avril et 4 semaines après je m’alignerai sur l’Ironman de Port Mcquarie en Australie.

 

Si j’ai ma « qualif », je rentre en France et j’irai disputer le 70.3 des Sables-d’Olonne, labellisé Ironman. Si je n’ai pas ma qualif, je retournerai à Cairns pour la décrocher.

 

Si je ne l’ai pas…je n’irai pas à Hawaï en 2019. Inutile d’essayer de se qualifier en juillet ou en août pour arriver fatigué à Kona comme en 2018.

 

Comment gères-tu l’équilibre entre ta vie sportive intense et la vie de « Monsieur tout le monde »?

 

J’ai la chance d’avoir comme femme Anaïs, qui gère beaucoup de choses. Nous n’avons pas d’enfant. Je ne dis pas que c’est une chance, mais sinon ce serait différent. Je m’appuie beaucoup sur ma femme.

 

Le secret c’est la planification? Tes journées sont programmées à la minute?

 

Non. Mon entraîneur prépare mes programmes, je connais le menu de chaque journée mais ce n’est pas au quart d’heure.

 

Quel est l’avis de ton entraîneur justement sur ta contre-performance à Hawaï?

 

Nous n’en avons pas vraiment parlé encore. Je dois le rencontrer dans les jours qui viennent. On a quand même évoqué rapidement le sujet.

 

Quand j’ai posé 44ème après le vélo, j’ai vraiment pensé à arrêter. On a souligné que c’était positif d’avoir couru et d’avoir fait une remontée à pied, d’avoir su me ressaisir. Maintenant il va falloir comprendre pourquoi j’ai été mauvais à vélo.

 

 

Tu gères tes comptes sur les réseaux sociaux avec beaucoup de professionnalisme, quel message souhaites-tu véhiculer?

 

Les réseaux servent à montrer ce que l’on fait, pour ne pas rester dans son coin, et à mettre en avant les partenaires qui nous soutiennent.

 

J’ai vu passer une photo où tu évoquais ta possible reconversion et je me suis dit « Denis est déjà dans l’après ». Vrai ou pas?

 

C’était une photo avec les dirigeants de mon club, Rougeot Beaune Triathlon, où je pourrai effectivement, après ma carrière, travailler. Je vis donc sereinement ma carrière mais crois-moi, je suis bien dedans et pour un moment.

 

Quel conseil voudrais-tu donner à une personne qui débute le triathlon?

 

De ne pas vouloir aller trop vite à l’entraînement! Je prône l’entraînement lent. Je vois beaucoup de triathlètes, sur les réseaux sociaux, qui partagent leurs séances et, dans 95% des cas, je trouve que c’est trop rapide.

 

Il faut prendre son temps, ne pas aller trop vite à l’entraînement, ça ne sert à rien selon moi.

 

Quand on regarde les photos postées par les triathlètes en général on a la sensation que l’esthétique du corps a beaucoup d’importance. Le Tri rend narcissique?

 

C’est vrai que le triathlète (pas tous…) veut montrer qu’il est beau et qu’il a du beau matériel. Il ne faut pas généraliser non plus. La pratique sculpte les corps et le triathlète n’est pas pudique de part la nature même de la discipline.

 

Je me rappelle quand je suis arrivé sur mon premier triathlon, je pensais qu’il n’y avait que des pros en voyant les vélos et les tenues… le triathlète aime être beau.

 

Parlons des pneumatiques Continental que tu utilises Denis. Tu as eu des crevaisons cette année?

 

En course aucune. A l’entraînement ça peut arriver mais je fais tellement de kilomètres que c’est normal, et pas toujours sur des routes bien entretenues. Je pense notamment aux routes américaines ou australiennes… En France les routes sont assez propres, on s’en rend compte quand on rouge à l’étranger.

 

 

Tu as fait le choix de ne pas utiliser de boyaux pour des raisons pratiques avant les courses, mais tu n’utilises pas non plus les GP 4000 SII.

 

A l’entraînement j’avais les GP 4000 SII mais en course je mets un Attack à l’avant et un Force à l’arrière parce que des études montrent que c’est la combinaison la plus rapide.

 

En 2019 je roulerai avec des pneus Continental GP 5000. En course, j’aurai des roues pleines tubeless sur lesquelles je monterai aussi des GP 5000. Les courses comme Hawaï où je ne pourrai pas utiliser les tubeless (roues lenticulaires interdites), je mettrai un Force à l’arrière.

 

Nous sommes début février, tu es en phase intensive de préparation?

 

Non, après Hawaï j’ai fait 3 semaines sans sport du tout. Ensuite, j’ai repris tranquillement, je me suis entraîné 8 semaine selon me sensations. J’ai recommencé à bosser avec mon entraîneur il y a 3 semaines. 

 

La semaine dernière j’ai fait une semaine à 19 heures, c’est encore assez cool…ma moyenne en 2018 c’était 24 heures par semaine. On ne peut pas être en « prépa » toute l’année. Au mois de mars ça recommencera à être plus costaud.

 

Vous pouvez suivre Denis Chevrot sur sa page Facebook et sur son profil Instagram.

 

 

 

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