Les conseils d'un mécanicien pro

08.10.2018

 

Patrick Janin est dans le milieu pro depuis 1994. Il a démonté et remonté des milliers de vélo. Il s'est aussi spécialisé dans la monte de boyaux, un art que peu maîtrisent réellement. Dans cet entretien, il évoque l'évolution technologique de son métier et vous donne de précieux conseils pour l'entretien de votre vélo.

 

Vous n'avez pas le temps de lire? Vous pouvez simplement écouter l'interview grâce à notre podcast Top Cyclisme (également disponible sur Spotify, Deezer, GooglePlay, iTunes)

 

 

Comment devient-on mécanicien pro?

 

J’ai été coureur amateur pendant une vingtaine d’années et, à la fin de ma carrière, je souhaitais rester dans le monde du vélo. Je courais avec Vincent Lavenu à l’époque et il m’a fait une proposition pour intégrer son équipe en 1994. J’ai continué mon bout de chemin comme ça, mécano…

 

Peut-on, parce qu’on a la passion du vélo, s’improviser mécano, ou faut-il une prédisposition, un savoir-faire inné?

 

Oui, il faut un minimum de précision quand même, moi j’ai toujours aimé m’occuper de mon vélo, de mon matériel, la mécanique m’intéressait. Quand j’ai intégré une équipe pro, il n’y avait que 3 possibilités: directeur sportif, masseur ou mécanicien. A l’époque toutes les fonctions qui se sont ajoutées dans le temps n’existaient pas.

 

J’ai appris sur le tas, d’année en année, pour en arriver où je suis aujourd’hui, avec une technologie qui a considérablement évolué sur les vélos.

 

 

Entre 1994 et 2018, les groupes montés sur les vélos ont effectivement évolué, on est passé à l’électrique notamment. Comment vous êtes-vous adapté?

 

Comme tout le monde, au fil des courses…tous les ans on essaie de s’adapter le mieux possible à toutes les nouveautés, mais aussi parfois au changement de marque de matériel. Pour résumer l’évolution qui a eu lieu, je peux vous dire qu’aujourd’hui, pour régler des dérailleurs, on utilise des ordinateurs !

 

Par provocation, j’ai envie de vous dire que les dérailleurs d’antan étaient finalement aussi bien que ceux d’aujourd’hui non?

 

(sourire) Ah, il faut se faire aux nouveautés, suivre la mode. La technologie l’emporte et je trouve que le vélo a perdu un peu de son charme quand même. « Faut faire avec »…Le temps passe, on s’adapte.

 

L’électrique est devenu fiable ou connaissez-vous encore des problèmes comme lors des premiers essais dans les années 90?

 

Oui la première génération de groupes électriques ne fonctionnait pas bien sous la pluie, il y avait des interférences au niveau des poteaux électriques et des lignes haute tension. Mais maintenant c’est fiable, 100% des équipes ont le dérailleur électrique. 

 

 

"ON CHANGE LA CHAINE DEUX A TROIS FOIS PENDANT UN GRAND TOUR"

 

 

A quoi ressemble la journée d’un mécanicien pro sur une course?

 

Se lever tôt le matin, un peu avant tout le monde, pour préparer les vélos. On gonfle, on met les vélos de rechange sur les voitures, on prépare les vélos de course, puis on se rend au départ. 

 

Sur une grande épreuve comme le Tour de France, deux mécaniciens sont en course et deux autres vont directement à l’hôtel avec les camions. Ils préparent la logistique pour l’arrivée le soir, branchements d’eau, électricité, réparations de boyaux et de roues.

 

La journée se termine assez tard, il y a souvent de longs transferts.

 

Pendant longtemps les équipes vivaient une rivalité interne entre les masseurs et les mécaniciens pour savoir qui travaillait le plus. Est-ce toujours le cas?

 

Oh non, ça a disparu…chacun connaît sa tache. Les assistants ont deux à trois coureurs à masser chaque soir, donc 2 à 3 heures de massage. On a tous des charges de travail importantes.

 

 

 

Est-ce que les coureurs sont toujours aussi maniaques sur le matériel et notamment les cotes du vélo, le réglage de la hauteur de selle?

 

Oui, ça n’a pas changé! 

 

Il y a toujours eu deux catégories de coureurs: ceux qui n’ont jamais aucun souci avec leur vélo et d’autres qui touchent les réglages tous les jours. J’ai toujours connu ça, on fait avec. Je ne vous dirai pas qui est exigeant, je ne veux pas citer de noms (sourire).

 

Il y a ceux qui ont des sensations, d’autres qui ont moins de sensations et qui cherchent toujours le petit quelque chose pour se mettre en confiance.

 

Quel est le secret pour bien nettoyer un vélo? Quand on le fait chez soi, le vélo n’est jamais aussi propre que ceux des teams pros.

 

Quand on lave une vingtaine de vélo par jour, comme ça peut nous arriver… on finit par savoir comment faire. Il n’y a pas d’astuce, il faut un bon dégraissant pour la chaîne. Les gens sont toujours impressionnés par la propreté de la chaîne. 

 

Il suffit d’un bon dégraissant, un peu de gasoil et un pinceau et toutes les saletés tombent. Après un bon lavage avec un peu de lessive, un bon rinçage et le vélo est nickel. Maintenant, je comprends qu’une personne en appartement ne puisse pas faire la même chose.

 

 

Les gens vous regardent travailler à la fin des courses. Ca vous ennuie d’avoir les yeux rivés sur vous et les gens qui posent des questions?

 

Non, on le vit très bien. Les gens regardent comment on fait, ils apprennent. C’est une des caractéristiques du cyclisme, les personnes ont un accès direct aux coureurs et au personnel des équipes.

 

 

" 2 CREVAISONS SEULEMENT SUR LE TOUR D'ESPAGNE AVEC LES BOYAUX CONTINENTAL"

 

 

Vous changez la chaîne tous les combien pour un pro?

 

On mesure l’usure de la chaîne et on la change dès que c’est justifié.  Difficile de donner un nombre de kilomètres…avec les dérailleurs électriques et le 11 vitesses, la chaîne s’use davantage, elle est de plus en plus étroite. Sur un grand tour, on va changer deux à trois fois de chaîne. Les conditions climatiques jouent beaucoup aussi, la pluie aggrave l’usure.

 

Parlons pneumatiques, les pros préfèrent rouler en boyaux n’est-ce pas?

 

Oui, toutes les équipes sont en boyaux. Les pneus ne servent qu’à l’entraînement, c’est plus facile à changer pour les coureurs. Pour moi le boyau a un meilleur rendement que le pneu. Mais je comprends que le « monsieur tout le monde » qui pédale de temps en temps préfère les pneus, beaucoup plus simples et pratiques au quotidien.

 

C’est de l’art de savoir poser un boyau.

 

Ce n’est pas évident en effet. Il faut bien appliquer la colle, suffisamment mais pas trop, il faut que le boyau tourne bien rond. Cela s’apprend, c’est comme tout. Certains aiment plus ou moins cette tache, moi j’aime! C’est un coup de main à prendre.

 

Vous avez travaillé avec plusieurs marques de pneumatiques dans votre carrière, qu’est-ce qui fait selon vous la particularité de Continental?

 

Le boyau Compétition Continental est un très bon boyau pour moi. Il a un bon rendement. On a vraiment pas de soucis avec. Il se pose bien, il est assez facile à mettre. Je sors du Tour d’Espagne, sur l’ensemble de la Vuelta on a eu que deux crevaisons, c’est pas mal du tout. Je précise que cette année les conditions météo ont été très favorables: pas un jour de pluie sur le Tour de France ni le Tour d’Espagne.

 

On a beaucoup parlé dans les médias des crevaisons de Romain Bardet sur l’étape de Roubaix pendant le Tour. C’est la « faute à pas de chance » ou c’est autre chose?

 

Oui, c’est la « faute à pas de chance », toute l’équipe avait les bons boyaux pour faire cette étape, on avait monté les boyaux de Paris-Roubaix. C’est comme ça, on n’a pas été embêtés pendant toute la saison, y compris les classiques, mais ce jour-là on a eu des crevaisons. De fausses informations ont circulé, mais le travail avait été correctement fait, les boyaux des classiques étaient collés.

 

Quelle section utilisent les coureurs en temps normal?

 

Généralement ils roulent avec de boyaux de 25mm. Les boyaux Continental 25 ALX. Nous en avons de deux sortes: les boyaux à picots et les boyaux slick ou lisses. Les coureurs préfèrent ceux à picots, ils accrochent mieux notamment par temps de pluie. 

 

Pour les classiques nous utilisons deux sortes de boyaux: soit le RBX, le boyau Roubaix avec une carcasse plus épaisse, mais sur le Tour des Flandres et Paris-Roubaix nous utilisons une section de 28 mm.

 

La pression change aussi. Sur des courses « normales » ça varie entre 7 et 8 bars et pour une classique avec du pavé comme Roubaix, on met entre 4 et 5 bars maximum. Le coureur a son mot à dire bien sûr. On gonfle au dernier moment, juste avant le départ.

 

Comment allonger la durée de vie d’un boyau?

 

On lave les boyaux tous les soirs et on contrôle qu’il n’y ait pas de coupure ou de silex dans le boyau. On évalue, si le silex a vraiment coupé le boyau, on le change. La durée de vie d’un boyau peut être d’une seule journée. Le team a une dotation de plusieurs centaines de boyaux pour la saison.

 

 

A l’entraînement les coureurs utilisent le GP 4000 SII?

 

Je ne peux même pas vous le confirmer, ils reçoivent leur dotation directement chez eux. Nous, dans le camion des mécaniciens, nous n’avons que des boyaux. Le Service Course est en charge des stocks. En compétition, nous n’utilisons pas de pneus.

 

Quelle est la roue idéale pour des gens qui font du vélo chez les amateurs? Carbone, alu, profil haut, profil bas?

 

Le carbone s’est imposé sur les roues, elles sont plus légères. Je pense que les jantes basses sont préférables, les jantes profilées sont compliquées à utiliser quand il y a du vent. La jante alu est un excellent rapport qualité/prix mais je sais que les gens aiment des roues légères, et dans ce cas, je le répète, il faut du carbone et bien penser aux patins de freins adaptés.

 


PS: Merci d'avoir pris le temps de lire notre interview! Si vous avez aimé, partagez-la avec des amis qui pourraient être intéressés. Cela compte pour nous. Merci 😃

 

 

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