Comment s'alimenter pour l'ultra-cycling?

04.06.2019

Jean-Luc Perez est professeur agrégé de physique dans le prestigieux lycée parisien Louis Legrand. Mais sa grande passion est l'effort absolu, l'ultracycling.

 

Il s'est déjà illustré sur de nombreuses courses en France et à l'étranger, notamment sur les 24 heures du Mans.

 

En juin 2019, il s'attaque à la Race Across America en duo avec un autre Français, Evens Stievenart.

 

 

Nous lui avons demandé comment il comptait s'alimenter pour un effort pareil pendant 6 jours.

 

"La nutrition? On peut lire des récits, des livres, apprendre de l’expérience des autres: mais à la fin, selon moi, il faut tenir compte de ses propres spécificités.

 

Sur la RAAM, nous serons en duo, et nous aurons donc des phases d’arrêt. La difficulté quand on est sur une compétition, c’est de manger en pédalant. Le corps n’aime pas, parce qu’il y a un effort physique et en même temps une digestion à faire.

 

C’est l’une des raisons pour lesquelles on bannit tout ce qui est solide.

 

Il faut expliquer aux gens que, quand on est sur un vélo, on ne se nourrit pas avec l’objectif de prendre du plaisir. Un peu comme une voiture, on a la nécessité de « faire le plein ».

 

Il y a ensuite une différence entre faire le plein avec de la « flotte » et faire le plein « avec de l’essence ».

 

Notre corps est en pleine combustion, il brûle tout ce qu’on lui donne, il faut lui donner de la calorie. Point.

 

Soyons concrets: la première chose à estimer, c’est la dépense énergétique journalière. Pour nous c’est 10 000 calories / jour.

 

Quand tu prends un gel, tu apportes entre 150 et 200 calories. Le calcul est vite fait, il est pratiquement impossible d’assimiler 10 000 calories. Cela signifie que mon co-équipier et moi allons perdre 500 grammes par jour environ.

 

En amont, il faut privilégier une alimentation à base de lipides: des fromages, de l’avocat, beurre d’amandes, de cacahuètes… 

 

D’ordinaire le cycliste combat « le kilo en trop », mais nous partirons volontairement avec 1 kilo voire 1,5 kilos de « bonne graisse » en plus. C’est le « réservoir ».

 

 

Dans les phases où nous pourrons nous arrêter, sur des pauses de 2 ou 3 heures, j’aurai une alimentation à base de pâtes-omelette, patate douce ou patate cuite avec beurre et sel, riz et avocat. Je garderai donc un minimum d’alimentation solide parce que j’ai la possibilité de le faire.

 

 

"Habituer l'estomac à l'alimentation liquide

en amont"

 

 

Ensuite, pendant mes relais, tout sera à base de gels et de boissons électrolytes. 

 

Tous les jours, complément à base de boissons protéinée avec acides aminés, toutes les 5 ou 6 heures.

 

Six jours nous attendent. En ce qui me concerne, il faut que j’arrive à faire "6 x 1 jour" à l’identique. Ce n’est pas marrant, on ne peut pas se dire « Tiens aujourd’hui je vais prendre un peu plus de ça… ». 

 

Sur le vélo, il faut être capable de prendre un gel toutes les 20-30 minutes avec un bidon de boisson électrolyte. 

 

Quand nos relais seront courts, il faudra résister à la tentation de prendre du solide. Dans ce cas, on avale une boisson protéinée riche en sucres pour vite récupérer.

 

Il faut avoir un bon estomac pour supporter une telle alimentation, ce qui suppose de l’avoir habitué avant le départ à ingurgiter des aliments liquides.

 

Il faut diminuer tout ce qui est solide les jours qui précèdent. L’estomac se réduit, il devient plus petit. Cela génère au début des crampes. Il faut absolument faire ce travail en amont."

 

Pour écouter le reste de l'interview passionnante que Jean-Luc Perez nous a accordée, il suffit de cliquer sur la bande-son ci-dessous. Vous pouvez aussi vous abonner à notre podcast hebdomadaire Top Cyclisme sur Deezer, iTunes, GooglePlay ou Soundcloud.

 

 

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