Michel Gonon, double Ironman Xterra handisport

15.10.2018

Notre invité cette semaine est un athlète de premier plan dans la catégorie Xterra handisport. Il est champion de France et d’Europe et défendra dans quelques jours son titre de champion du monde à Hawaï (remporté en 2016, 2017). En 2018, il a également gagné 3 manches du Tour Européen (Suisse, Belgique et Allemagne) et le classement général final.

 

Vous n'avez pas le temps de lire l'interview? Vous pouvez simplement l'écouter grâce à notre podcast Top Cyclisme.

 

 

Michel, présente-toi aux lecteurs de notre blog qui ne te connaissent pas encore.

 

J’ai 46 ans, athlète handisport français je pratique le Xterra, le triathlon « nature » où le vélo de route est remplacé par le VTT et la course-à-pied par du trail.

 

Comment as-tu débuté cette discipline?

 

En 2013, un ami m’a entraîné sur un triathlon "nature" en me disant « je sais que ça va te plaire » et je suis tombé dedans par hasard. Il m’a inscrit, j’ai participé et j’ai chopé le virus.

 

Avant tu faisais du sport?

 

Oui, uniquement du VTT. Très rarement quelques courses de trail. 

 

Pourquoi t’être orienté sur le VTT et pas sur le cyclisme sur route?

 

Parce que la route ne me convient pas.  J’aime la nature, j’habite dans le Vercors, un lieu propice au VTT et je veux être le plus proche possible de la nature. Je fais du VTT depuis une vingtaine d’années. 

 

J’ai eu un accident de travail (amputation de la main gauche et diminution du biceps gauche) et je me suis mis à chercher un sport qui me convenait: le VTT collait parfaitement à mes attentes.

 

Avant l'accident je faisais de l’aviron à haut niveau, ne pouvant plus le pratiquer, je suis passé à autre chose

 

 

Je crois comprendre que tu avais donc déjà « un gros moteur »…

 

Dans l’aviron, on développe surtout le haut, moins le bas; et maintenant j’ai plus développé le côté jambes et moins les bras, mais c’est vrai que j’avais déjà de bonnes aptitudes physiques.

 

On a toujours l’impression quand on voit des athlètes handisport qu’ils ont une motivation supplémentaire par rapport aux valides. Est-ce le cas?

 

Pas vraiment de détermination supplémentaire, on a la détermination au départ et elle reste identique qu’on soit handicapé ou pas. 

 

C’est inné je crois, on l’a ou bien on ne l’a pas. Il y a des gens qui se retrouvent avec un handicap et qui tombent dans le néant et d’autres qui s’en sortent très bien. 

 

Moi j’avais en moi cette faculté à rebondir.  Il faut reconnaître que le sport permet de s’en sortir plus facilement. 

 

Est-ce que tu voulais te prouver quelque chose à toi-même? Tu voulais prouver quelque chose aux autres? Ou bien les deux?

 

Je pense qu’il s’agit surtout d’une satisfaction personnelle de se remettre en selle sportivement dans un autre sport. La reconnaissance des gens arrive par le biais des résultats, mais au départ je recherchais quelque chose de plus personnel. 

 

Je voulais me prouver que malgré mon handicap je pouvais encore faire de belles choses, que je n’étais pas à mettre à la poubelle. Le raisonnement tient pour la vie professionnelle. Il faut repartir et normaliser sa vie.

 

N’est-il pas paradoxal que la catégorie handisport mette justement l’accent sur votre handicap, alors que l’objectif du sport serait justement de gommer ce handicap et de dire « vous êtes comme les autres ». 

 

Oui, il y a une forme de paradoxe. Chacun le voit à sa façon. Certains de mes adversaires estiment que leur handicap est un véritable handicap par rapport aux autres, moi je ne le vois pas comme ça. Je cours avec des valides et mon regard sur une personne handicapée ou valide reste le même. 

 

Je ne me pose pas la question de savoir si je suis handicapé ou non pendant une course, mon objectif est de finir devant la personne devant moi, quelle qu’elle soit.

 

 

Quel regard portes-tu sur ta saison 2018?

 

Cela a été difficile, j’ai eu des blessures à répétition et je suis tombé en juin. Les premiers examens médicaux n’ont pas vraiment diagnostiqué le problème (fêlure de la rotule). On pensait qu’il n’y avait qu’un oedème et un épanchement de synovie. 

 

J’ai fait deux courses après la chute, avec la rotule fêlée, et j’ai souffert comme jamais. J’ai quand même gagné les épreuves, mais dans la souffrance. Ensuite d’autres examens ont révélé la véritable nature de la blessure et j’ai dû couper complètement l’entraînement. Aujourd’hui je traîne encore les séquelles de cette blessure de début de saison.

 

Et pourtant tu t’apprêtes à défendre ton titre de champion du monde à Hawaï sur l’île de Maui…

 

Hawaï c’est le graal, le rêve pour beaucoup d’athlètes. On y côtoie les meilleurs. Dans ma catégorie en handisport, le niveau est plus élevé aux Etats-Unis qu’en Europe où nous ne sommes pas assez. Je pars avec l’objectif de ramener le titre en France.

 

Cette saison j’ai tout gagné, malgré les blessures, mais j’arrive moins bien préparé que les années précédentes. 

 

Comment, techniquement, pilotes-tu ton vélo avec une seule main valide?

 

J’ai un frein couplé, une poignée avec un répartiteur hydraulique qui envoie la même quantité de liquide devant et derrière. Ca fonctionne super bien. C’est la seule adaptation de mon vélo. 

 

Sinon je pose mon bras gauche en appui direct sur le vélo. C’est ce qui impressionne les gens. Bien sûr je descends moins vite qu’un valide qui a toutes ses capacités mais je descends mieux que la majorité des gens avec qui je cours.

 

Les gens ne comprennent pas que le handicap existe certes, mais ce n'est pas une fin en soi.

 

 

A quoi ressemble une de tes journées d’entraînement Michel?

 

La journée se divise souvent en deux parties, avec deux entraînements, natation et vélo ou vélo et course-à-pied, ça prépare le corps à faire les transitions pour éviter les crampes. Au total ça représente entre 15 et 20 heures. 

 

Tu as aménagé ton emploi du temps professionnel?

 

Je travaille essentiellement l’hiver, en saison. D’ordinaire je travaille aussi l’été, à mi-temps, pour me consacrer au sport. Mais cette année j’ai décidé de ne pas bosser pour privilégier le sport.

 

Tu as 46 ans, c’est encore jeune mais plus très jeune non plus. Tu te projettes encore combien de temps à ce niveau d’exigence?

 

C’est une bonne question… Certains disent « c’est trop vieux pour faire ça » mais on reste performants quand même à cet âge-là. Dans notre catégorie amateurs, c’est moins difficile que chez les pros qui doivent s’investir totalement. Nous, les amateurs, nous devons veiller à fournir des prestations régulières au fil de la saison et surtout éviter les blessures. 

 

Il faut savoir s’écouter. Avec les années je sens quand un problème arrive et je lève le pied.

 

Pour revenir à la question, je me projette encore 1 ou 2 ans à ce niveau.

 

 

Quelle est la part du mental dans une victoire?

 

Enorme. Il faut serrer les dents. Cette année, avec ma blessure, je n’arrivais plus à courir à la fin des courses et le mental a compté pour 80% dans les résultats. Je pleurais de douleur sur la ligne d’arrivée. Si le mental lâche, c’est fini.

 

Quand tu te sens un peu démotivé et que tu veux retrouver l’envie de rouler, de t’entraîner, que fais-tu? Tu regardes des vidéos de courses sur YouTube? Tu regardes des photos de tes propres courses?

 

Je m’isole. Je réfléchis à ce dont j’ai envie. Je pense au voyage de fin de saison pour Hawaï et ça me remotive immédiatement. Il suffit de penser à l’objectif final pour que ça reparte. Les moments de découragement sont brefs en général.

 

Le regard des autres à de l’importance pour toi? Et le fait d’être un champion dans ta discipline te permet de mieux assumer ton handicap? Ou bien les deux choses n’ont rien à voir.

 

J’assume mon handicap au quotidien sans avoir peur du regard des autres. Cela fait 25 ans que je suis comme ça, je ne le cache pas, je le vis très bien. C’est devenu inexistant. J’ai repris une vie normale. 

 

Je ne recherche pas de la reconnaissance de la part des autres. Oui, certaines personnes m’admirent. Quand on est dans ce milieu-là et qu’on connaît la difficulté de finir les courses, certains viennent et me félicitent. Quand je les double à vélo, mon point fort, certains aussi sont impressionnés. Cela me fait plaisir, mais ce n’est pas le but recherché.

 

 

 

Comment négocies-tu la natation avec ton handicap? 

 

J’ai une plaquette de natation des années 90, avec deux élastiques que je glisse sur mon bras et qui me permet de nager presque normalement. Je sors loin en natation…je suis un très mauvais nageur. La catégorie handisport part généralement en dernier, c’est donc problématique pour moi de doubler les gens à vélo. Si on ne partait pas derrière tout le monde en natation, je pourrais faire encore mieux je pense.

 

Tu tournes comment en course-à-pied? 

 

Je tourne en moyenne autour de 10km/h. Je fais de grosses performances à vélo et compte tenu de mon handicap, je suis obligé de beaucoup plus forcer. J’y laisse beaucoup d’énergie. En course-à-pied je finis avec ce qui reste! Je sais que beaucoup disent qu’il faut « gérer » mais je préfère tout donner à vélo où je récupère beaucoup plus de places qu’en course-à-pied où je ne récupère pas autant de gars devant moi.

 

Les déplacements coûtent cher. Comment finances-tu ton activité?

 

C’est essentiellement du budget personnel. Une saison coûte entre 5000 et 10000 euros, selon les voyages. Cela comprend les engagements, les locations, le matériel, les voyages.

 

Je me déplace seul, justement pour des raisons de budget. Par contre, il m’arrive fréquemment de former des petits groupes avec d’autres athlètes.

 

A Hawaï par exemple, je partage un appartement avec des amis. C’est la cinquième année consécutive que je pars à Hawaï et je suis conscient de mon privilège. Même s’il y a la course, c’est aussi un peu les vacances, c’est tellement magnifique.

 

La commune de Villars de Lans me sponsorise aussi un petit peu. J’ai un petit billet que la commune m’octroie quand je me qualifie pour Hawaï. Les premières années, c’était une prime sur résultats:  la 3ème marche rapportait 400€, 600€ pour une 2ème place et 1000€ pour une victoire.

 

Aujourd’hui on me donne une prime fixe.

 

 

Parle-nous des pneus Continental que tu utilises. 

 

Je fais 90% de la saison avec le Race King en version Race Sport, le pneu le plus léger de la gamme, qui m’apporte le plus de grip. Le pneu se déforme et sur les terrains difficiles il absorbe vraiment bien le terrain.

 

Il est un peu plus fragile qu’un pneu ProTection mais il apporte des qualités différentes. La carcasse ProTection est rigide et plus résistante mais au niveau du placement du vélo et de la motricité cela n’a rien à voir.

 

 

Sinon j’utilise le Cross King, un pneu intermédiaire avec une bonne accroche latérale avec de bon crampons, qui reste roulant, avec un bon dégagement de la boue. Il marche très bien dans la boue liquide ou un peu plus solide. Je gonfle à 1,5 bars devant et derrière.

 

Quand c’est sec, j’utilise le Race King devant et derrière, si c’est un peu plus humide, je monte un Cross King pour avoir plus d’accroche sur l’avant, pour ne pas perdre l’avant dans les descentes rapides.

 

Vous pouvez suivre Michel Gonon sur sa page Facebook.

 

PS: Merci d'avoir lu cette interview. Si vous avez aimé, partagez, ça compte pour nous. Merci 😃

 

 

 

 

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