Hugo Briatta, l'ingénieur vice-champion du monde XCE

04.12.2018

Hugo Briatta a décroché la médaille d'argent aux championnats du monde XCE en Chine. Etudiant en école d'Ingénieur, athlète de haut niveau, fidèle ami du champion du monde Titouan Perrin Ganier, il nous explique dans cette interview comment il s'organise pour tout mener de front avec une maturité impressionnante pour ses 22 ans.

 

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Hugo, présente-toi aux lecteurs de notre site.

 

J’ai 22 ans, je suis étudiant en école d’ingénieurs à Rouen. Je fais du vélo depuis plus de 15 ans, j’ai commencé en compétition à 9 ans mais je roulais déjà avant avec mes parents.

 

Je suis aujourd’hui licencié au Team Focus. Je cours en XCO, XCM et essentiellement désormais en XCE.

 

 

Comment es-tu arrivé au VTT et quel a été le chemin qui t’a conduit à cette « niche » du XCE?

 

J’ai pratiqué beaucoup d’autres activités sportives avant le VTT: gymnastique, escrime, athlétisme, judo… Puis, un jour, mon beau-père m'a fait faire pas mal de vélo parce qu'il était lui-même passionné.

 

J’ai rapidement accroché avec le VTT. Au début je me suis tourné vers le cross olympique. J’aimais surtout être en prise directe avec la nature, aller rouler dans la forêt…

 

Un autre point m’a séduit: j’ai toujours aimé la mécanique, depuis que je suis jeune garçon je voulais devenir ingénieur. 

 

Après des débuts en XCO,  je suis rentré à l’INSA et j’avais moins de temps pour faire de gros volumes d’entraînement comme la discipline l’exige.

 

Je me suis dit que j’allais faire une année de transition, j’ai testé le marathon mais j’ai surtout beaucoup accroché sur le XCE. Stéphane, mon président de club, m’avait inscrit "pour voir" à une manche de coupe de France et...j'ai gagné dès ma première participation.

 

De fil en aiguille j’ai voulu continuer et la recherche de performance dans le XCE est particulièrement intéressante. 

 

Quand as-tu compris que tu avais du talent? Tu as connu une progression linéaire ou tu as gagné dès ta première course comme beaucoup de surdoués?

 

Ah non, je n’ai fait que 3ème à ma première course (sourire), sur une régionale en pupilles. Mais sur mon premier trophée de France j’avais fait 4. Devant moi on trouvait des gars avec qui je cours encore…Neillo, Perrin Ganier… Mes résultats me donnaient envie de m’investir davantage et j’ai fini par intégrer le Pôle Espoirs puis le Pôle France à Besançon. Ma progression a été logique.

 

 

Tu es passionné de mécanique, donc parfaitement capable de monter et démonter un vélo de A à Z?

 

Oui, j’ai mis les mains dans la graisse très tôt. Gamin mes parents n’avaient pas un énorme budget pour me faire courir. Mon premier beau vélo avait été acheté en pièces séparées et j’avais tout monté et réglé moi-même selon une configuration qui me plaisait. Je ne veux pas être simplement utilisateur de mon vélo, je veux comprendre comment il fonctionne.

 

 

"JE ME SUIS FABRIQUE UN SYSTEME

ANTI-DERAILLEMENT

AVEC UNE IMPRIMANTE 3D"

 

 

Où vis-tu aujourd’hui et comment t’entraînes-tu?

 

J’habite dans le centre-ville de Rouen pour mes études, c’est plus compliqué qu’à la campagne chez mes parents mais j’arrive arrive très bien à rouler. Je passe l’essentiel de mon temps à m’entraîner sur route, c’est compliqué de faire du VTT tout le temps parce qu’il faut laver le matériel; la météo est parfois humide en Normandie…

 

C’est pratique, je peux faire les exercices prévus et ne pas passer trop de temps derrière sur la mécanique. Après les week-ends, ou en semaine quand j’ai le temps, je fais aussi des sorties VTT, de la course-à-pied, et deux fois de la musculation. 

 

Tu t’entraînes de façon empirique ou tu suis un programme à la ligne?

 

Quand j’étais au Pôle je n’avais pas vraiment de questions à me poser, les programmes étaient très détaillés et stricts, jour par jour. J’appliquais bêtement.

 

Quand je me suis retrouvé seul, j’ai analysé ce qui marchait et ce qui fonctionnait pour moi, c’était empirique effectivement mais maintenant, avec mon ressenti de coureur, j’ai pris en main ma préparation et j’arrive à être rigoureux. 

 

 

Comment fais-tu pour mener de front une vie d’athlète de haut niveau et une vie d’étudiant en école d’ingénieurs?

 

Ce n’est pas évident…ça n’a pas toujours été facile. Il y a des périodes où je me suis posé des questions sur mon avenir à vélo, ma scolarité…J’ai compris que la scolarité avait la priorité, il fallait que j’aie mon diplôme pour avoir un boulot mais aussi parce que la mécanique est une passion.

 

C’est compliqué dans le monde du vélo de déboucher sur un contrat pro avec une équipe. J’ai eu la chance que l’INSA me permette d’aménager mon temps, j’ai étalé sur 3 ans les 2 années préparatoires. 

 

Il y a eu des moments de stress: l’année dernière c’était ma première année de département mécanique, une découverte. Il y a eu des moments tendus avec les absences pour les compétitions et les examens à mon retour.

 

J’ai toujours réussi à m’en sortir parce que j’aime ce que je fais, je comprends et j’assimile le programme de mes études grâce à ma passion pour le sujet.

 

Par ailleurs, quand j’ai un petit coup de mou au milieu de la saison et que j’ai moins envie de rouler, je me reconcentre sur les études, je mets un coup de boost et inversement, quand j’en ai marre d’étudier je peux davantage rouler parce que l’INSA me permet de ne pas aller à certains cours pour caler des entraînements. 

 

Tu penses un jour être capable d’arrêter le vélo pour entrer dans la vie active?

 

Je ne conçois pas d’arrêter le vélo. C’est un besoin d’aller rouler. Là je termine ma deuxième semaine de pause hivernale et j’en ai déjà marre, je ne tiens plus en place. Non seulement j’ai besoin de faire du sport mais j’aime aussi la compétition et pour le moment je ne me vois pas décrocher. Il faudra bien que ça arrive un jour pourtant.

 

Quand tu n’es pas sur ton vélo ou tes livres d’ingénieur, tu aimes faire quoi?

 

En fait je suis vraiment « atteint » par ma passion pour la mécanique, même en dehors de mes études. Quand je suis chez moi je bricole, j’ai une imprimante 3D avec laquelle j’aime bien me fabriquer des pièces.

 

Par exemple pour le mondial je m’étais fabriqué un système d’anti-déraillement parce que j’avais eu ce souci lors des championnats de l’an passé.

 

Pour me détendre, je gratte un peu ma guitare. Enfant, j’ai pris quelques cours. J’aime aussi passer du temps avec ma famille.

 

 

 

"TITOUAN EST UN SUPER AMI MAIS JE VEUX

LE CHALLENGER UN JOUR"

 

 

En regardant tes publications sur les réseaux sociaux on constate que tu es très sensible à l’injustice et à ce qui se passe dans le monde. Quel est ton regard?

 

C’est vrai, ces questions me touchent. J’ai du mal à croire que tout va s’arranger spontanément mais je suis un optimiste né. Il y a toujours des solutions. J’aimerais, en tant que futur ingénieur, apporter une petit contribution parce que je crois que nous avons tous un rôle à jouer à notre petite échelle.

 

Un ingénieur, par exemple, évitera de développer des choses qui, à terme, peuvent nous porter préjudice. On a tous une responsabilité, il faut réfléchir à ce que l’on fait. En tant que vététiste on a aussi une sensibilité exacerbée en raison du contact avec la nature. Quand on aime se retrouver dans de beaux paysages, on n'a pas envie de voir tout ça ruiné. 

 

Quand on était en Chine on a vu les grosses villes un peu polluées et ça ne fait pas envie, c’était même choquant pour nous. On n’a pas l’habitude.

 

En regardant les photos des tes podiums, on a la sensation que tu es satisfait même quand tu ne gagnes pas. N’as-tu pas une forme d’admiration pour Titouan Perrin Ganier qui, au fond, finit par t’empêcher de vraiment lui faire la guerre?

 

J’admire effectivement Titouan. Il a un palmarès énorme et réussit toujours à être là sur les championnats. Au fond de moi, quand j’ai vu le parcours en Chine, je savais qu’il serait très difficile de rivaliser avec lui. Il a des qualités d’explosivité qui en font l’un des meilleurs - voire le meilleur - au monde sur les départs.

 

Sur d’autres typologies de parcours je peux éventuellement rivaliser. Le fait que Titouan soit un coéquipier et un super ami changent la donne sur le déroulement de la course. Si je suis derrière lui, je ne forcerai pas le passage comme avec un autre concurrent. On essaie de se respecter en course et même de mettre des stratégies en place.

 

Il m’a appris beaucoup de choses et je lui dois énormément. J’ai, malgré ce profond respect, très envie de le challenger et de le battre à la régulière mais il y a du boulot parce qu’il a de l’expérience.

 

Justement, quel(s) point(s) faible(s) dois-tu encore travailler?

 

Je dois clairement bosser le départ. Titouan est excellent, explosif, avec un temps de réaction assez faible. Sur tous les parcours il sort en tête. Après, sur des tracés plus physiques avec des montées où la résistance joue, je peux rivaliser. Je dois travailler sur l’explosivité pure.

 

 

Quels pneus Continental montes-tu sur ton vélo et quel est ton ressenti?

 

Mon combo favori, que je n’ai pratiquement pas touché de la saison, c’est Cross King à l’avant et Race King à l’arrière. Le Cross King est le pneu pour le grip, le contrôle, excellent dans les virages, on se sent vraiment en sécurité. Derrière le Race King a un gros rendement et une bonne motricité. C’est vraiment le combo que j’adore et qui rend bien que ce soit sec, gras, humide ou caillouteux, ces pneus passent bien partout. 

 

 

Parfois en XCE on passe en centre-ville sur des pavés, du béton, où l'on pourrait penser qu’il faut prendre des pneus slick mais personnellement je préfère utiliser le Cross King devant et le Race King derrière parce que je me sens en sécurité.

 

 

Je gonfle entre 1,4 et 1,5 bars. Il m’arrive de mettre moins, rarement plus, ça dépend si le parcours tape beaucoup ou si c’est soft. La section? En XCO j’aime rouler en 2.3, c’est confortable et adhérent. En XCE où la vitesse et l’explosivité comptent plus, j’aime mettre des sections plus fines pour gagner en inertie sur les roues et en réactivité, je roule en 2.0 ou 2.1

 

LE CONSEIL PERSO DE HUGO BRIATTA

 

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