Florian Bouziani veut se qualifier pour Tokyo 2020.

01.04.2019

Florian Bouziani est un athlète handisport dont vous entendrez probablement parler. Animé d'une force de caractère exceptionnelle, grand brûlé, il combat les séquelles d'un grave accident en pédalant, de plus en plus vite... 

 

 

Vous n'avez pas le temps de lire? Vous pouvez simplement écouter l'interview en cliquant sur la bande-son ci-dessous. Pour recevoir notre podcast chaque semaine, abonnez-vous à Top Cyclisme sur Deezer, iTunes, Spotify, GooglePlay ou Soundcloud.

 

 

Florian, que s'est-il passé le 5 octobre 2013?

 

J’étais pilote moto amateur. Pendant 10 ans j’ai roulé à moto. Le 5 octobre 2013, j’ai été victime d’un grave accident. Je suis un grand brûlé, 80% de mon corps. J’ai vécu des moments très douloureux. Il m’a fallu 3 ans pour me rééduquer.

 

Explique-nous davantage la nature de cet accident…

 

Je pratiquais le motocross. On bricolait la bécane avec un ami la veille d’une course, et il a eu la malheureuse idée de jeter un briquet dans un récupérateur d’huile. Tout a explosé, j’ai pris feu, je me suis débattu et j’ai eu un réflexe: me jeter dans une piscine, sans même regarder s’il y avait de l’eau dedans.

 

Urgence, hospitalisation…ce jour-là j’étais en short, sandales et tee-shirt, je vous laisse imaginer. D’Avignon j’ai été transféré par hélicoptère à Marseille où j’ai fait un mois et demi de coma et 6 mois d’hôpital. 

 

 

"ON M'A FAIT COMPRENDRE QUE J'AVAIS LE POTENTIEL"

 

 

Suite à cet accident, j’ai été paralysé des pieds à cause des brûlures, j’ai été amputé d’un doigt et il a fallu que j’accepte ma nouvelle image dans un miroir.

 

Dans le cadre de la rééducation, mon kiné m’a proposé de faire du vélo. Je ne pouvais plus remonter sur une moto ni courir. 

 

Au début, c’était juste pour me rééduquer mais au fil du temps j’y ai pris goût. C’était compliqué parce que ma peau ne pouvait pas prendre le soleil, je portais une tenue compressive qui me couvrait de la tête au pied: blouson, pantalon, mentonnière…pour me protéger du soleil mais aussi aplatir mes cicatrices. 

 

Quand as-tu compris que tu avais un avenir dans le cyclisme? 

 

Quand je montais sur un vélo, je me sentais comme une personne « normale », je pouvais m’exprimer normalement, sans trop de complexes. Mon tempérament accrocheur a fait le reste. Je me suis lancé à fond.

 

J’ai trouvé une équipe de paracyclisme. Après un stage d’une semaine en Espagne, le directeur sportif m’a dit que j’étais sélectionné pour participer aux coupes du monde de paracyclisme.

 

 

Tu as un physique de rouleur-grimpeur, très longiligne. Tu étais déjà comme ça avant l’accident?

 

Non, j’étais plus « épais » avant. J’ai beaucoup travaillé sur le vélo, j’ai perdu du poids. Je ne me considère pas comme un grimpeur, je fais entre 80 et 82 kilos, sur les photos ça ne se voit pas parce que je fais 1,95m. 

 

Dans le paracyclisme les circuits des courses sont plutôt avantageux pour mon physique. Les organisateurs ne peuvent pas se permettre de mettre un col de 10 km ou même 5 parce qu’il y a des gens en tricycle et handbike, ce serait trop sélectif.

 

A quoi ressemble ta vie aujourd’hui? Tu as une activité professionnelle? 

 

Non, je continue de me soigner au quotidien. Je vais une fois tous les 2 mois à Paris pour mon visage. Je fais une cure une fois par an 3 semaines dans un établissement thermal près de Montpellier.

 

J’ai un entraîneur qui s’occupe de mon entraînement. En ce moment je roule tous les jours, mais j’ai aussi des phases de repos. Tout dépend des courses et du programme.

 

Par semaine je roule entre 10 et 25 heures, selon les objectifs.

 

25 heures, c’est pratiquement une semaine de pro!

 

C’est surtout l’hiver quand je fais du fond. Le plus souvent je tourne entre 15 et 18 heures.

 

 

Tu as eu le grand privilège d’ouvrir le contre-la-montre de Paris-Nice. Explique-nous comment cette opération médiatique a vu le jour.

 

Quand j’ai lu que le contre-la-montre du Paris-Nice passait dans mon village, je me suis dit: « Allez pourquoi pas ! Ce sera une belle opportunité de mettre en avant le monde du paracyclisme ».

 

J’ai informé la mairie de Graveson qui m’a mis en contact avec la société A.S.O et la Fédération Française du Sport Adapté. J’ai ainsi pu ouvrir le chrono de Paris-Nice sur mes routes d’entraînement. C’était génial!

 

 

Quelles ont été tes sensations?

 

Mon village m’a fait la surprise d’installer une grande banderole lors du passage à Graveson. Beaucoup d’émotions… Ce jour-là j’ai monté pour la 100ème fois la côte de Frigolet, les gens criaient « Allez Florian! », c’était magique et presque incroyable.

 

 

Quel est ton programme de courses cette saison?

 

Pour cette première année de compétition, j’ai 2 objectifs: la coupe du monde de paracyclisme et les championnats du monde. Il faut que je prouve que je suis à la hauteur parce que c’est une année décisive pour être sélectionné pour les J.O de Tokyo 2020. Pour les championnats du monde, il faut que je sois sélectionné en Equipe de France.

 

On commence à Corridonia en Italie début mai, puis en Belgique mi-mai, Espagne en juin, en août déplacement au Canada et enfin les championnats du monde aux Pays-Bas, où j’ai fait 6ème l’an dernier pour ma toute première compétition.

 

Mais je cours parfois avec les valides parce qu’il y a trop peu de courses spécifiques handisport.

 

Hélas, pour l’instant je n’ai pas trouvé assez de sponsors. Je m’efforce d’aller démarcher tous les jours des artisans locaux et des gens qui connaissent mon histoire.

 

Tu estimes avoir le niveau pour atteindre tes objectifs?

 

On me l’a fait comprendre. Je mets toutes les chances de mon côté en me préparant au mieux.

 

Est-ce que ton passé de pilote de motocross t’aide dans le pilotage du vélo, notamment en descente?

 

Absolument, j’ai beaucoup moins peur que certains de mes concurrents et ça m’aide au niveau des trajectoires.

 

Bien sûr, j’ai une forme de crainte en raison de mes problèmes de peau, il ne faut surtout pas que je chute. A l’entraînement, je ne prends aucun risque, j’en prendrai uniquement en course quand cela en vaudra la peine.

 

 

Tu as un vélo bien équipé sur lequel tu montes des pneumatiques Continental. Quel est ton choix dans la gamme?

 

Pour l’entraînement j’utilise les GP5000, excellents, le best-seller du pneu, très efficaces. Aucune crevaison depuis janvier et j’ai une grande confiance en son grip dans les virages.

 

En course mon choix s’est porté sur les boyaux Continental Compétition.

 

Décris-nous l’une de tes journées d’entraînement Florian…

 

Je me lève à 7h - 7h30, je pars rouler, j’utilise l’application TrainingPeaks avec un capteur de puissance. Aujourd’hui j’ai fait 130 km. A mon retour je mange et j’essaie de me reposer un maximum.

 

Après je fais des étirements. L’hiver je fais aussi de la musculation. En fin d’après-midi j’aime aussi me changer les idées et sortir du « monde du vélo » en voyant des gens ou en faisant autre chose.

 


Vous pouvez suivre Florian sur sa page Facebook et son profil Instagram.

 

 

Facebook
Twitter
Please reload

 ARTICLES RECENTS
Please reload

  • Facebook - White Circle
  • Instagram - White Circle

Guyonneau Distribution France