Cyrille Kurtz n'a qu'un seul regret

26.09.2018

 

Après 15 ans de carrière professionnelle, Cyrille Kurtz porte un regard intéressant sur la scène actuelle du VTT. Dans cette interview il nous parle de sa nouvelle vie, il analyse ce que le VTT peut faire pour grandir médiatiquement et nous fait part d'un regret qui a changé sa vie de pilote.

 

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Cyrille, impossible de t’interviewer sans parler de cette mauvaise blessure en 2007, celle qui a changé le déroulement de ta carrière.

 

Oui, « je me suis fait les ligaments croisés » en tombant à l’entrainement, comme on dit dans le jargon. Saison blanche, on était en avril, à cette époque la saison n’avait même pas encore commencé. Première grosse blessure. Gros coup au moral.

 

Avec le recul, qu'as-tu appris de ce coup dur?

 

Tout n’est pas tout rose, facile, tout ne va pas toujours parfaitement dans la vie d’un pilote pro. Je ne me réfère pas ici à des variations de résultats qui sont le lot de tous les coureurs, sauf ceux qui dominent largement. Cela n’affecte pas seulement le physique mais le mental. On ne fait aucun résultat, tout l’avenir est remis en question.

 

 

C’est dur de rester sur le devant de la scène sans pouvoir s’exprimer sur le vélo. Et puis il y a une opération lourde, la rééducation, les doutes sur la convalescence. Moi j’ai été voir un grand chirurgien à Lyon, j’ai eu la chance aussi d’aller dans un excellent centre de rééducation. Je m’en suis bien sorti, j’ai pu à nouveau être performant dès 2008.

 

Combien de temps a passé avant de retrouver la confiance dans ton pilotage?

 

J’ai été arrêté 9 mois en tout. J’ai mis encore 6 mois avant d’être100% à l’aise, il faut d’abord passer du temps sur le vélo pour retrouver sa condition physique, son pilotage et ensuite être capable de faire un « run », une manche finale, pour que tout fonctionne. 

 

Pendant la blessure on apprend à se connaître, pourquoi, comment, comprendre les erreurs. C’est un temps d’arrêt qu’il faut savoir prendre positivement. On se connaît mieux après.

 

En 2018, quel est ton quotidien?

 

Il a beaucoup changé depuis fin 2015, date de ma dernière saison pro. J’ai repris mes études, je fais un master en marketing du sport à Genève et je suis actuellement en stage chez Columbia Sportswear.

 

Ma vie en ce moment c’est bureau, ordinateur…toute la journée. Je suis content de mon choix. J’ai moins de temps pour faire du sport mais j’arrive quand même à faire du vélo occasionnellement. Mais je pense que ce sera bénéfique et que cela contribuera à mon épanouissement.

 

 

 

Tu veux développer un projet marketing dans le monde du vélo?

 

Ce n’est pas mon objectif principal. C’est vrai que je connais beaucoup de monde dans le milieu mais j’aimerais surtout bosser dans le sport en général. J’ai découvert le monde de l’outdoor avec Columbia et c’est intéressant. Je vois les choses autrement. Développer un projet vélo, je l’ai déjà fait. J’avais monté mon propre team pro de VTT Descente entre 2010 et 2015.

 

Quel est ton regard sur le marketing dans le cyclisme, qu’est-ce qui manque à ton avis au VTT de descente ou à d’autres disciplines pour percer davantage au niveau médiatique?

 

C’est assez complexe: on a longtemps cru que les très gros sponsors extra-sportifs étaient fondamentaux pour la médiatisation du vélo. Je mets la route de côté, c’est un sport de masse plus populaire….

 

Donc pour parler uniquement du VTT, au final il faut être lucides et réalistes, l’industrie du VTT et des sports extrêmes s’auto-suffit mais ne grandit pas aussi vite que prévu.

 

 

Quand j’ai monté mon team, j’étais sponsorisé par Evian à une échelle très réduite. J’ai la chance de connaître du monde dans l’entreprise. Mais par exemple la marque me permettait de communiquer en évoquant Evian ou en utilisant leur logo, mais elle ne communiquait pas sur moi.

 

Après on a la chance d’avoir des marques comme Monsters, Red Bull…ou des marques de vélo qui investissent et grandissent. Si une marque veut être sur le devant de la scène et compétitive sur le marché, il faut qu’elle passe par la compétition.

 

Regardez Commencal, ils font des vélos depuis longtemps mais depuis qu’Amaury Pierron a remporté le général de la Coupe du monde, c’est devenu LE vélo que tout le monde veut alors qu’il y a 2 ans, personne n’en voulait, on disait que c’était un vélo fragile etc…

 

"En descente ça roule beaucoup plus vite qu'avant, notamment grâce aux roues en 29 pouces"

 

 

Il faudra voir comment notre sport évolue dans la communication sur les réseaux sociaux, la qualité des sites internet, la politique des marques en e-commerce. On sent que c’est difficile de révolutionner les choses, tout le monde n’avance pas ensemble.

 

Il y a bien Mercedes qui a débarqué sur la Coupe du monde mais surtout avec un produit spécial, le pick-up modèle Class X. C’est vraiment difficile d’aller chercher un Procter et Gamble comme les J.O ou même un Carrefour en France.

 

Du haut de ta longue expérience, dis-nous ce qui a changé entre une course de descente en 2008 et en 2018?

 

Le professionnalisme des coureurs, des teams, de l’organisation des courses, des structures pour la formation (des jeunes aux plus grands). Tout le monde a franchi un cap qui était essentiel. Avant, la descente, c’était le truc fun, maintenant ce sont tous de vrais athlètes qui se préparent toute l’année, les marques mettent des moyens.

 

 

La Coupe du monde aujourd’hui, ce sont des milliers et des milliers de spectateurs. Le regard entre les disciplines a changé aussi, il y a davantage de respect des gars de la Descente pour le Cross-country et inversement, avant on se toisait un peu. Maintenant certains s’entraînent ensemble, la grande famille du VTT se soude, se professionnalise et c’est très bénéfique.

 

Si on analyse le pilotage pur, les pilotes d’avant n’étaient-ils pas un peu plus fous?

 

Il y a toujours eu des pilotes avec un grain de folie. Je pense que ça ne changera jamais. Mais ça va beaucoup plus vite maintenant, surtout grâce à l’évolution du matériel, et notamment la taille des roues. En 4-5 ans on est passé de 26’’ à 27,5’’ et aujourd’hui il faut que tout le monde roule en 29’’. 

 

A titre personnel, je ne pense pas que ce soit forcément nécessaire pour gagner une Coupe du monde. La preuve, Loïc Bruni et le reste du podium du mondial roulent en 27,5’’. Loïc Pierron lui est en 29’’. 

 

 

Dany Hart a un grain de folie évident, il débranche totalement mais c’est maîtrisé. Amaury Pierron aussi débranche, il a toute la fougue de la jeunesse. Thomas Estaque attaque fort également.

 

Il y a aussi des calculateurs, mais je trouve que ça se resserre de plus en plus. Même les plus fous ont désormais compris qu’il ne fallait pas miser uniquement sur ce point, mais être pros dans toute leur approche. 

 

Je pense également qu’on est loin du niveau de professionnalisme de Vouilloz à l’époque. Mais beaucoup s’en approchent et c’est bénéfique pour tout le mouvement.

 

Revenons à toi, est-ce qu’il y a des choses que tu aurais aimé faire et que tu n’as pas faites?

 

Je ne vis pas spécialement avec des regrets d’une manière générale…mais bon, je regrette quand même de ne pas avoir été champion du monde juniors en 2004. J’étais favori, c’était en France, aux Gets, j’appartenais au meilleur team du monde (Honda). 

 

Sans me chercher d’excuses, il y a eu des paramètres familiaux extérieurs qui ont fait que je n’étais pas forcément à fond dans le truc. Je suis tombé deux fois et je fais quand même 7ème donc je ne devais pas trop à la rue… 

 

 

Cela a changé le déroulement de ma carrière parce qu’à l’époque il n’y avait pas de Coupe du monde juniors. La seule manière d’exister c’était d’entrer dans le Top 20 ou Top 10. Cela m’est arrivé mais cela ne suffisait pas, les juniors à l’époque n’étaient pas autant mis sur le devant de la scène. Mais c’est le sport.

 

Quels sont tes pneus préférés dans la gamme Continental VTT?

 

Pour l’Enduro j’aime beaucoup le Baron Projekt en carcasse Descente. Un peu plus lourd mais on limite énormément les risques de crevaison, surtout quand on fait des kilomètres et des kilomètres en Enduro. 

 

J’aime bien son profil parce qu’il va bien sur tous terrains, du très sec au bien humide. C’est un pneu très polyvalent et qui pédale relativement bien aussi. 

 

Quand c’est plus sec il y a le Kaiser Projekt, avec une gomme un peu plus tendre, avec un profil qui roule beaucoup mieux mais, j'insiste, c’est vraiment un pneu pour conditions sèches ou légèrement meubles. Dès qu’on passe dans l’humide, ça devient plus compliqué.

 

Après il y a le pneu boue, le Mud King, un très bon pneu. Continental a mis du temps à le développer, mais au final on a un bon mélange de gommes, la section est bien aussi parce qu’il n’est pas trop gros comparé à d’autres qui deviennent difficiles à emmener dans la boue. 

 

J’ai une astuce personnelle: sur le Mud King derrière je coupe 2-3mm sur le dessus des crampons. Cela me permet d’avoir l’accroche d’un pneu boue mais moins agressif et ça roule beaucoup mieux. 

 

Tu gonfles à combien généralement?

 

En Descente je suis à 1,7 bars devant et 1,8 derrière. En Enduro, pour descendre je suis un peu plus bas, 1,6-1,7 et je prends le manomètre dans la poche et je fais la pression au sommet. C’est bien d’avoir 2,5 ou plus pour la montée et ensuite tu ajustes pour la descente. J’en connais beaucoup qui font ça en Coupe du monde enduro. Oui, le manomètre dans la poche!

 

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