Camille Deligny, de la mode à l'Ironman.

02.06.2018

Camille Deligny est passée triathlète professionnelle il y a 2 ans "pour voir". Les résultats sont vite arrivés, elle est aujourd'hui l'étoile montante sur les longues distances, une athlète de haut niveau au regard lucide sur la vie et sa discipline. Détentrice du record de France sur un Ironman en 9h 18' 15'', il y a 4 ans, elle ne faisait pourtant pas de sport! Une interview riche et captivante.

 

Vous n'avez pas le temps de lire l'interview? Vous pouvez simplement l'écouter grâce à notre podcast Top Cyclisme. Cliquez sur "Listen in the Browser" si vous naviguez sur portable.

 

 

Votre histoire d’amour pour le triathlon a commencé grâce à une histoire d’amour pour un garçon. Racontez-nous…

 

Exactement. J’ai rencontré mon copain il y a 4 ans. Il faisait du triathlon le week-end et j’ai voulu partager plus de moments avec lui, alors j’ai commencé à l’accompagner pendant ses entraînements.

 

Je ne faisais pas de sport avant, pour moi ce fut une découverte du sport en tant que tel. Je n’étais pas spécialement attirée par la compétition au début, j’ai fait les choses à mon rythme mais j’ai rapidement compris que j’aimais l’endurance, les longues balades à vélo. Mon premier « tri » a donc été un Ironman, mais surtout parce que les longues distances me permettaient de faire les choses à mon rythme.

 

 

Quand avez-vous compris que vous aviez du talent pour ce sport?

 

Mon copain faisait du triathlon depuis quelque temps déjà, avec un long passé de cycliste, et j’étais capable de le suivre dans tous ses entraînements, notamment dans les grands cols des Pyrénées chez nous. Il me disait: « Tu tiens la distance! ». Je n’étais pas très rapide ni explosive, mais je terminais toujours relativement fraîche. 

 

J’ai donc décidé de franchir le pas, je me suis inscrite à une épreuve longue distance (« La Iron-Médoc », aujourd’hui « Frenchman »)  et j’ai signé un chrono honorable pour une première fois, avec deux mois d’entraînement seulement, 2ème de l’épreuve. J’ai compris que j’avais des prédispositions et la médecine sportive l’a confirmé par des tests: mes capacités cardiaques sont supérieures à la norme.

 

 

 

"MON ENTRAINEUR? C'EST MON COPAIN, J'AI CONFIANCE"

 

 

Entre un Ironman pour le plaisir et le choix d’en faire son métier, il y a un fossé. Quand avez-vous décidé de devenir professionnelle?

 

Après 2 ans de "tri" en mode loisir, sans m’entraîner sérieusement (sans plans ni programmes), je me suis demandée ce que cela pourrait donner si je faisais les choses avec application. Avec l’appui de mon copain j’ai arrêté mon job de styliste en 2016 et je me suis lancée dans l’aventure en consacrant mon temps à l’entraînement, à la récupération, 100% dans le métier.

 

Il existe certes une différence entre la pratique amateur et celle d’une pro, mais paradoxalement je n’ai pas forcément beaucoup plus de temps. On se retrouve avec des obligations vis-à-vis des médias et des partenaires, il faut donner le change et c’est bien normal. J’aime d’ailleurs beaucoup l’aspect communication du métier, ça me plaît.

 

Peut-on réellement vivre du triathlon en France?

 

Non. Mon quotidien n’est pas celui d’une athlète de haut niveau qui a 100% de temps pour s’entraîner. Il y a énormément de sollicitations auxquelles répondre. Dans mon cas je ne peux pas vivre du triathlon, je dois multiplier les activités parallèles sportives et extra-sportives pour m’en sortir.

 

 

Quand on entre dans le tunnel des longs entraînements nécessaires chez une pro, est-ce qu’on ne perd pas un peu de sa joie et de son plaisir?

 

J’ai toujours trouvé de la joie dans les longues distances, notamment à vélo et à pied aussi. Moins en natation, c’est vrai. J’ai donc orienté mes entraînements vers ce qui m’apporte d’abord du plaisir. Faire des bornes de natation dans le bassin d’une piscine, ce n’est pas mon truc. J’entretiens un minimum de technique, mais j’ai surtout besoin de faire des cols, aller dans la nature dans mes Pyrénées. Je serais incapable de supporter un entraînement sur home-trainer dans une salle de fitness par exemple.

 

 

On comprend que votre spécialité est le vélo, c’est toujours la partie où vous faites la différence en course?

 

Oui, c’est à vélo que je marche le mieux. En natation je n’ai pas un gros niveau, j’essaie simplement de le maintenir. Pour moi, ce n’est pas là que se joue la victoire sur distance Ironman, ça représente 1h sur les 9 ou 10 d’effort. Avoir un bon niveau à vélo cela permet aussi de s’économiser et d’aborder ensuite le marathon en étant relativement fraîche.

 

 

 

"JE VEUX ETRE PRESENTE AU NIVEAU INTERNATIONAL"

 

 

Quels sont vos objectifs en 2018?

 

J’ai la possibilité de m’essayer au cyclisme sur route cette saison et en particulier en contre-la-montre. Il est difficile de s’illustrer à la fois sur des courses cyclistes et en triathlon, j’ai donc divisé ma saison en deux parties. Cyclisme pour la première partie, avec en ligne de mire les championnats de France fin juin et en deuxième partie de saison, si j’arrive à être prête, je débuterai ma saison de Tri à Embrun et on verra ensuite.

 

Qui vous entoure pour la préparation?

 

Mon conjoint (Florian Gaudillere), c’est tout. Il m’entraîne dans les trois disciplines et j’ai confiance en lui. Ne pratiquant pas le sport depuis ma tendre enfance, je suis toute nouvelle et ma vision est différente. J’ai du mal avec l’approche traditionnelle des plans d’entraînement, Florian me connaît et ses conseils m’ont permis d’arriver où j’en suis actuellement sans me blesser.

 

Vous vous voyez où dans 2 ou 3 ans? Quels sont vos objectifs à long terme?

 

Je ne me mets aucune limite bien sûr. Je me vois toujours sur les longues distances, en alternance avec des plus courtes en préparation. La question est surtout: « Sur quel circuit? » Aujourd’hui il y en a plusieurs: le circuit Challenge, le circuit Ironman…l’Ironman est très cher, il faut avoir de gros moyens que je n’ai pas. Mon souhait, quoi qu’il arrive, est d’être présente sur le plan international.

 

Un conseil à donner aux triathlètes qui nous lisent pour la récupération?

 

Pour moi il existe deux niveaux de récupération. Le côté physique d’abord. J’utilise beaucoup l’auto-massage, ça permet d’apprendre à mieux se connaître, à comprendre si l’on a des tensions, bref à être davantage à l’écoute de son corps.

 

J’aime bien aussi faire de la cryothérapie de temps en temps. En cure, cela m’aide à mieux récupérer quand j’ai des périodes d’entraînement intenses.

 

 

Le deuxième axe, c’est la récupération mentale. Il faut être à l’écoute de ses sensations. Un athlète qui va à reculons à l’entraînement est en phase de saturation, ce n’est pas normal. Récupérer mentalement, c’est aussi important que l’aspect physique.

 

 

"MON MESSAGE CE N'EST PAS SEULEMENT LA PERFORMANCE"

 

 

Question diététique, quelle est votre politique?

 

Je mange de tout toute l’année, en dehors des périodes de courses. Par contre, quand les compétitions arrivent, je deviens plus stricte: plus de sucres raffinés, j’équilibre mon alimentation au maximum. Les derniers jours avant un objectif j’évite vraiment les légumes, le menu devient précis et restrictif. Bien sûr, je ne bois pas d’alcool. 

 

Vous êtes très dynamique sur votre site et sur les réseaux sociaux. Est-ce une obligation aujourd’hui pour avoir des sponsors?

 

Oui, la performance c’est bien, mais c’est intéressant à partir du moment où il y a une philosophie à côté et un peu d’âme. Comme tout le monde, je suis des athlètes sur les réseaux et j’aime découvrir un peu plus les personnes, ce qu’elles font dans la vie etc… Le sport, la performance, sans l’humain derrière, n’est pas ma conception du sport. Je trouve triste de voir des athlètes dans un univers aseptisé, dans leur « bulle », coupés du monde, c’est dommage.

 

 

Vos abonnés sur les plateformes sociales sont davantage des filles ou des garçons?

 

Il y a une dominante masculine, 55% d’hommes pour 45% de femmes, essentiellement des personnes de plus de 30 ans, probablement intéressées par le sport, la nature…Mon message n’est pas centré autour de la performance.

 

Existe-t-il une rivalité entre les meilleures françaises en triathlon? Vous êtes jolie, vous êtes performante sportivement, on a la sensation que rien ne vous résiste. N’existe-t-il pas une forme de jalousie de la part de vos concurrentes?

 

Je suis loin d’être la seule française performante et jolie. Le triathlon longue distance est une discipline particulière, nous sommes distantes et isolées les unes des autres. On se croise peu, surtout sur les compétitions où chacune est concentrée. On fait notre petit bonhomme de chemin dans notre coin, je ne crois pas que les filles regardent réellement ce qui se passe chez les autres.

 

Le triathlon est-il pénalisé par la nécessité d’avoir de l’argent pour le pratiquer? Je pense aux jeunes en particulier.

 

Oui, c’est un gros frein. Cela coûte cher pour tout le monde, il faut du matériel, et enchaîner les déplacements. Je sais que la Fédération fait beaucoup d’efforts pour les jeunes et notamment la pratique UNSS dans les écoles. Excellente initiative. Mais la discipline demande de gros sacrifices financiers.

 

 

Quels pneus ou boyaux Continental utilisez-vous à l’entraînement et en compétition?

 

Pour m’entraîner, je roule avec des pneus Continental GP 4000 SII en section 25mm. Ils ont une excellente résistance à l’usure et aux crevaison mais aussi un super grip.

 

Pour les épreuves cyclistes sur route, j’utilise les boyaux Compétition en 22mm, ils sont légers, confortables, avec du grip.

 

Pour les triathlons en montagne que j’affectionne particulièrement, j’utilise le Set Attack Comp et le Force Comp, la légèreté en montagne et le grip pour les descentes.

 

J’ai tendance à légèrement sous-gonfler: les pneus à 7 bars (6,5 à l’arrière) et les boyaux à 9 bars, et encore moins quand il pleut bien sûr.

 

PS: vous pouvez suivre Camille sur son site www.camilledeligny.com, sa page Facebook , Twitter et son profil Instagram.

 

 

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